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Sur la question kurde

Par Partigiano :: 30/10/2007 à 13:56 :: Histoire

 

Je vais essayer de donner quelques éléments clés historiques et géographiques sur la question kurde et l'histoire de ce peuple afin de mieux appréhender ce qui ce passe actuellement dans cette région et de ne pas gober tout ce que nous balancent les médias bourgeois français ou internationaux.

 

 

Première approche géographique du Kurdistan :

 

 

Le peuple kurde est partagé principalement entre quatre états : l'Irak, la Turquie, l'Iran et la Syrie. C'est une région de montagnes, de hauts et moyens plateaux. On trouve dans ces montagnes de grands lacs et une activité hydro-électrique très importante surtout en Turquie. Les deux fleuves historiques, le Tigre et l'Euphrate prennent leurs sources et coulent dans cette région. Ils alimentent avec leurs affluents des plaines très fertiles de Syrie et d’Irak.

 

Les Kurdes seraient de 27 à 37 millions dont 14 à 18 en Turquie, 4 à 6 en Irak, 5 à 7 en Iran et 1 à 3 en Syrie. Les Kurdes parlent des dialectes proches les uns des autres, tous issus du kurde, langue indo-européenne de la branche iranienne. La majorité des Kurdes est de religion musulmane sunnite, mais il existe d'autres communautés, alévie, yézidie, et dans une plus faible proportion, chiite et chrétienne, en Irak et en Iran.

 

 

Approche historique

 

Pour comprendre pourquoi ce peuple est partagé sur plusieurs états, il faut reprendre le fil de l’histoire.

 

Avant la première guerre mondiale, le Kurdistan est partie intégrante de l’Empire Ottoman. Ce dernier, allié de l’Allemagne, est un des « perdants » de la Grande Guerre, et se retrouve découpé en plusieurs provinces indépendantes ou sous contrôles des « gagnants » français, anglais et italien. C’est le Traité de Sèvres qui établira les frontières et les attributions territoriales, avec un « éventuel » état pour le peuple Kurde.

 

Découpage à la suite du Traité de Sèvres en 1920 :

 

En Turquie

De 1920 à 1923, Mustafa Kemal mène une guerre « républicaine » dans toute l’Anatolie. Le 24 juillet 1923, le Traité de Lausanne revient sur le Traité de Sèvres en attribuant toute l’Anatolie et la Thrace au jeune état Turc. Les minorités grecques et arméniennes sont repoussées au-delà des nouvelles frontières. Le Kurdistan est partagé entre la Turquie et les colonies syrienne et irakienne.

 

Le 29 octobre 1923, Mustafa Kemal fonde la République Turque et en devient le premier président. Les syndicats et l’opposition sont interdits par le parti unique au pouvoir, le Parti Républicain du Peuple. La Turquie devient un état laïc, et Mustafa Kemal veut « assimiler » toutes les minorités « ethnique » et « religieuse » dans la nouvelle république. En 1924 est votée une loi qui interdit l’usage du kurde dans les publications écrites et les écoles. En découlera une révolte kurde menée par le Cheikh Saïd qui soutiendra ouvertement l’ancien régime du Sultanat garant de l’autonomie kurde. Les insurgés sont réprimés par l’armée et pendus à Diyarbakir.

 

D’autres révoltes ont eu lieu en 1930 et en 1937 qui seront aussi matées par l’armée turque. En 1932 la loi martiale est décrétée sur le territoire kurde, la déportation et la dispersion d’une partie de sa population en Anatolie orientale est organisée.

 

L’année 1978 voit la création du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) dirigé par Abdullah Ocalan. Le PKK se présente comme un mouvement de guérilla indépendantiste kurde. Ce parti est considéré comme terroriste par l’Union Européenne, les Etats-Unis et la Turquie. En 1984, le PKK lance « une guerre de libération contre la domination étrangère et ses collaborateurs locaux ». Elle fera des milliers de morts et de déplacés jusqu’en 1999, date à laquelle Abdullah Ocalan se fait arrêté et première année où l’UE accepte la candidature de la Turquie.

 

Découpage à la suite du Traité de Lausanne en 1923 :

 

En Irak

L’Irak est sous contrôle britannique de la fin de l’Empire Ottoman durant la première guerre mondiale jusqu’en 1930 ou un accord « d’indépendance sous tutelle anglaise » est mis en place.

 

A la suite du Traité de Sèvres, un Kurdistan autonome est créé à l’est de l’Anatolie au nord de la ville de Mossoul. Mais en 1925 après le Traité de Lausanne et la création de la République Turque, cette région sera partagé entre l’Irak et la Turquie mettant fin au Kurdistan autonome. Une monarchie constitutionnelle est adoptée la même année en Irak.

 

En 1927, un énorme gisement de pétrole est découvert près de Kirkouk qui sera exploité, en accord avec le roi Fayçal Ier, par la britannique « Iraq Petroleum Company ».

 

Le 14 juillet 1958, le général Abd al-Karim Kassem renverse le roi Fayçal II et le régent Abdulillah. Un conflit éclate entre partisan de Kassem et le parti Baas.

 

En 1961, Mustafa al Barzani lance une rébellion dans le nord de l’Irak avec pour slogan « autonomie pour le Kurdistan, démocratie pour l’Irak ». Le 29 juin 1966, un accord est passé avec le leader kurde Mustafa al Barzani et ouvre une perspective d'autonomie pour les Kurdes dans la future constitution.

 

Les baasistes du général Ahmed Hassan al-Bakr prennent le pouvoir le 30 juillet. Les Kurdes sont associés au pouvoir. Saddam Hussein est alors le numéro deux du régime et se charge d'organiser les milices baasistes qui vont réprimer les opposants. En mars 1970, Le parti Baas entérine la création d’une région kurde autonome et leur accorde certains droits. La langue kurde devient la seconde langue du pays, mais les Kurdes trouvent l'autonomie insuffisante.

 

Après l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979, la dictature bombarde à l'arme chimique plusieurs villages kurdes du nord de l'Irak et renouvelle l'opération en 1988 sur la ville kurde de Halabjah. Près de 6000 personnes décèdent et 100 000 Kurdes fuient vers la Turquie.

 

Suite à la révolution islamique iranienne de 1979, l'Irak redoute une révolte des chiites du Sud du pays et 30 000 chiites sont déportés. Le 22 septembre 1980 la guerre est déclarée à l'Iran officiellement au sujet de la frontière du Chatt-el-Arab (delta du Tigre et de l'Euphrate). C'est la guerre Iran-Irak ou première guerre du Golfe. Cette guerre sans résultat s'achève en 1988.

 

Lors de la deuxième guerre du golfe en 1991, les kurdes obtiennent une autonomie de fait sur une partie de leurs terres. En mars 1991 le régime Baassiste est renversé par une insurrection et la région est dirigée par des conseils ouvriers. Ils seront dissous suite à la création de deux régions autonomes fédérées en 1992 et dirigées par le PDK et l’UPK.

 

 

Actuellement

 

Une coalition formée par les Etats-Unis déclare la guerre et envahit l’Irak en 2003. L’année suivante, le pouvoir est remis entre les mains d’un gouvernement intermédiaire.

Depuis 2004, des attentats et des attaques suicides sont perpétrés par la résistance irakienne contre l’occupation américaine principalement dans la zone sunnite au sud. D’autres attentats ont lieu dans les villes kurdes du nord à Mossoul et Kirkouk.

 

La création et le renforcement par les accords de Washington en 1998 d’une zone autonome kurde en Irak inquiète l’état turc de voir une revendication similaire apparaître dans la partie kurde de la Turquie et de voir dans cette zone l’organisation et le renforcement des « rebelles kurdes ».

 

Depuis quelques semaines, la tension est très forte à la frontière entre la Turquie et l’Irak suite à la capture de soldats turcs par le PKK. La République turque a fêté lundi son 84ème anniversaire sur fond de menaces croissantes d'incursions dans le nord de l'Irak contre les rebelles kurdes.

 

Les Etats-Unis ont appelé le premier ministre turc Recep Erdogan à la retenue ainsi que le chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari qui craint une intervention aux « conséquences extrêmement graves » pour la stabilité des deux pays.

 

 

Il faut bien comprendre que le Kurdistan est une région charnière pour l’exploitation du pétrole au proche-orient. Le Kurdistan irakien comprend environ 40% des réserves d’Irak et sa production est acheminée par les oléoducs passant entre autre par le sud de la Turquie. L’intérêt de voir un Kurdistan libre, au même titre qu’un Irak libre, mettrait en danger l’exploitation et la mainmise des richesses pétrolifères par les bourgeoisies de Turquie, d’Iran, d’Europe et des Etats-Unis.

 

 

 

Analyse politique

 

La question kurde soulève le problème des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le vieux découpage de la région par les puissances colonialistes, la volonté d’une république turque unie  et autoritaire par Mustafa Kemal, les guerres en Irak et en Iran et les intérêts économiques de cette région, la guérilla mené par le PKK font que les kurdes n’ont jamais connu la paix et l’autodétermination.

Le prolétariat kurde, comme le prolétariat turc, iranien et irakien, est exploité par les intérêts capitalistes des grandes compagnies pétrolières. Les bourgeoisies de ces pays exacerbent les tensions entre les peuples en prônant la fierté patriotique. De plus les kurdes n’ont pas ou peu de représentations politiques (en dehors du PKK) et syndicales, ce qui ne facilite pas l’émergence de revendications révolutionnaires pour la classe ouvrière.

 

On pourrait aussi se demander légitimement pourquoi les kurdes ne vivraient pas en paix à l’intérieur de chaque pays ? Ce qui est possible ailleurs le serait pour ces pays ? Malheureusement ce n’est pas possible, premièrement, étant donné l’histoire succinctement décrite plus haut de cette région du globe. Deuxièmement, les gouvernements actuels des pays concernés et le maintien du régime capitaliste mondial ne peuvent que faire exploser la situation déjà dramatique des peuples du proche-orient.

 

En conclusion, comme disait Karl Marx, les ouvriers n’ont pas de patrie mais leur lutte de libération se fera d’abord dans un cadre national pour en finir avec sa propre bourgeoisie. Les ouvriers turcs, kurdes, irakiens, iraniens et syriens doivent se battre pour la liberté des peuples, pour l’appropriation des moyens de productions et des ressources naturelles entre les mains des travailleurs.

 

 

 

 

A LIRE :

 

- Histoire de la Turquie contemporaine, Hamit Bozarslan, Edition La Découverte

- Géopolitique du peuple kurde, P. Boulanger, Edition Ellipses

- Irak, Collectif, Edition Librio

 

 

 

 

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