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Partigiano Le blog en lien avec les militants révolutionnaires. Des textes, des photos et des articles de Remito sur notre monde, sur la musique, sur la politique, sur l'art, sur les livres...

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Roule un juin

Par Partigiano :: 30/06/2009 à 13:11 :: Actualité

Roule un juin copain ça ira mieux demain. Qu’avons-nous de neuf dans l’actualité du monde barbare capitaliste ? L’espèce humaine court à sa perte tel un troupeau de brebis mené par des loups au bord du grand canyon. Belle métaphore mais j’en ai marre de répéter toujours les mêmes conneries. Brave gens, continuez de faire des enfants, ils respireront du goudron et mangeront du béton avec la haine de leurs ancêtres qui n’ont rien fait pour vivre mieux. Je sais, ce n’est pas joyeux mais c’est la réalité.


Quelques informations pertinentes pour nos petites cervelles de prolétaires :


* Un texte de mes camarades des Rapaces et Sinistre Spectacle, sur les nouveaux fachos écervelés (pléonasme…) avec en analyse le cas de cet abruti d’Alain Soral : « Les sots râlent et la bourgeoisie se prélasse ».

http://sinistrespectacle.free.fr/Les_sots_ralent_et_la_bourgeoisie_se_prelasse.htm


* Un article de Houzan Mahmoud, membre du Parti Communiste Ouvrier d’Irak et de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak : « Les superstitions, les lois et les coutumes religieuses sont la honte du 21e siècle ».

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1297


* Pour ceux qui avaient suivi l’histoire « Comment escroquer les gens dans leur logement ? (http://remito.zeblog.com/311487-comment-escroquer-les-gens-dans-leur-logement/ ). Icade a décidé de vendre les trois tours de la rue Jean Macé à Fontenay-sous-Bois à Valophis, le nouvel OPAC. Voir l’article sur le blog de l’amicale des locataires : « Fin de la saga ICADE ! » http://7ruejeanmace.over-blog.com/


Quelques expositions intéressantes :

* Né dans la rue – Fondation Cartier pour l’Art Contemporain - 7 juillet au 29 novembre 2009

http://fondation.cartier.com/



* La ruée vers l'Homme – Cité des sciences et de l’industrie - 12 février au 18 octobre 2009

http://www.hominides.com/html/exposition/la-ruee-vers-l-homme-cite-des-sciences-0174.php





La Fiat aux mains des ouvriers

Par Partigiano :: 12/06/2009 à 8:01 :: Bouquins

Ce bouquin raconte l'automne chaud de 1969 à Turin, durant lequel les ouvriers de Fiat ont révolutionné les formes de lutte dans et en-dehors de l'entreprise contre l'exploitation capitaliste.

La lutte a été autonome dès le début et les syndicats et partis de la gauche institutionnelle ont bien entendu voulu récupérer et calmer le mouvement prolétarien.

J'ai choisi des extraits significatifs de cette lutte des ouvriers contre la bureaucratie syndicale et les patrons.



Un ouvrier de l’atelier 54 :

« Aujourd’hui, nous pouvons agir par nous-mêmes, aujourd’hui nous n’avons palus besoin de nous faire représenter par les syndicats ni par qui que ce soit. Cela veut dire que maintenant, c’est nous qui décidons non seulement des formes de la lutte, mais aussi de ses objectifs, de la manière de la diriger, de l’organiser et de l’étendre. Et ça, c’est la chose qui fait le plus peur aux syndicats et aux patrons. »

 

 

L’Assemblée ouvriers et étudiants :

« Nos revendications ne sont pas une plate-forme revendicative alternative, ils sont une lutte contre les contrats, contre la trêve planifiée par les syndicats, contre l’organisation du travail ; une lutte qui ne peut être résolue par quatre grèves bidon programmées avec le patron. Par conséquent, notre autonomie vis-à-vis des patrons devient aussi autonomie vis-à-vis des syndicats qui acceptent de fixer avec les patrons les règles d’une « juste » exploitation des ouvriers. »

 

 

« Notre lutte n’est pas celle du syndicat, faite à date fixe avec de nombreux préavis ; nous continuerons la lutte sans interruption, à l’intérieur de l’usine, tantôt dans un atelier, tantôt dans un autre. Utilisons les arrêts de travail internes pour enraciner et étendre notre organisation, profitons des jours de grève pour entrer en liaison aves les autres usines et pour créer notre organisation dans les quartiers (…). Nous devons étendre notre lutte jusqu’à attaquer tout le système du patron, contre toutes les méthodes avec lesquelles il nous exploite et nous opprime, à l’usine et dehors. »




Lotta Continua :

« La figure du délégué a été inventé afin d’isoler les ouvriers les plus combattifs de la masse et les rendre responsables face au syndicat, afin de transformer la protestation ouvrière en conflit bureaucratique (…). Le réseau des délégués, tel qu’il a été proposé aux ouvriers par les syndicats, le PCI ou le PSIUP, n’est rien d’autre qu’une caricature d’organisation, une espèce de parlement bourgeois. Les ouvriers votent et les représentants décident. Le fait est que la lutte apparaît en premier et que dans la lutte les ouvriers s’unissent, prennent conscience, s’organisent. A partir de cette unité, et de manière autonome, ils cherchent à s’assembler avec leurs camarades. Pour parvenir à cela, ils peuvent se servir, à l’intérieur comme à l’extérieur, de plusieurs camarades chargés de tâches précises. Mais ces ouvriers expriment la volonté de tous, ils ne sont pas « élus » de manière permanente et surtout ils ne sont pas reconnus par le patron pour contrôler la production et la discipline d’entreprise. »

 

 

« Patrons, syndicats et gouvernement se plaignent de la violence et disent encore que c’est l’œuvre d’un petit nombre. Aujourd’hui la violence est de masse, c’est la violence des prolétaires contre les exploiteurs, contre tous les  patrons. Mais ils ne rappellent jamais la violence des patrons : 1000 morts chaque année au travail, l’arthrose, la silicose, les dépressions nerveuses. La police qui tue dans les manifestations (…) c’est pour nous la violence la plus sale parce que c’est la violence légalisée. Tout cela les patrons doivent le payer et la violence contre eux ne sera jamais en trop. »


 



Préface du livre par les Editions Les Nuits Rouges

http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article19

Le site de Sébastien Schifres avec ses deux mémoires très intéressant en ligne sur le mouvement autonome en France et en Italie

http://sebastien.schifres.free.fr/

Un article analytique par Mouvement Communiste à propos de l’usine Fiat Mirafiori en 1969

http://www.mouvement-communiste.com/pdf/review/rmc_9_fiat_mirafiori.pdf

Un article sur le site de la médiathèque marseillaise Mille Babords

http://www.millebabords.org/spip.php?article2585

L’orda d’oro, la grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle


http://ordadoro.org/


La grève des électeurs

Par Partigiano :: 12/06/2009 à 8:00 :: Textes divers

Octave Mirbeau, Le Figaro 28 novembre 1888

Une chose m’étonne prodigieusement, j’oserai dire qu’elle me stupéfie, c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose.

Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?

Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ?

Et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ?

Nous l’attendons.

Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne; je comprends M. Chantavoine s’obstinant à chercher des rimes; je comprends tout.

Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire l’être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, â chauvin !

Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l’électeur "« qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain.

Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait.

Mais les autres ?

Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regardent et se disent : « Je suis électeur! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d’hommes, et Baudry d’Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ?

Comment peut-il arriver qu’il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?

À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus... Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ? Qu’est-ce qu’il espère ?

Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu’il voie, au travers d’un mirage, fleurir et s’épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat.

Et c’est cela qui est véritablement effrayant.

Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.

Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu’un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l’écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu’il n’a qu’une raison d’être historique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.

Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ?

Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces.

Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours.

Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.


Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maitres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles.

Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.

Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C’est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pouvoir de te donner. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t’imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera.

Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pourra t’amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d’aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.

Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.

Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.




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