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Partigiano Le blog en lien avec les militants révolutionnaires. Des textes, des photos et des articles de Remito sur notre monde, sur la musique, sur la politique, sur l'art, sur les livres...

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MILITANT (chapitre 4)

Par Partigiano :: 09/02/2007 à 12:32 :: Militant

4-LA MACHINE EST EN MARCHE

 

Trotskyste

Je suis officiellement devenu un trotskyste le 4 janvier. Comme tous les militants de cette organisation, je devais choisir un « blaze » et m’acquitter de « phalanges » mensuelles. J’ai choisi le blaze C, et j’ai fixé ma cotisation à dix euros.

Nous avons rejoint, avec B, l’Unité de Base (UB) « K » tenue par R, assez hétéroclite. Les discussions politiques étaient intéressantes et une fois par mois, nous nous réunissions avec l’autre UB de notre ville, qui s’appelle « D » et tenue par M.

Je posais pas mal de questions, notamment si on pouvait avoir des nouvelles des autres courants, car après tout on construit le même parti, non ? Mais je n’ai jamais eu de réponses. Je me demandais aussi pourquoi le PT se présentait aux élections présidentielles ? Pourquoi participer au jeu de la bourgeoisie ? Pourquoi gâcher de l’argent dans ce spectacle électoral ? Certains disaient pour se faire connaître, d’autres qu’on peut être amené à utiliser les élections comme un outil de la lutte de classe, il n’y a pas de règles prédéfinies…m’a-t-on répondu…

 

Congrès fédéral

Le dimanche 16 janvier, R et M m’avaient invité au congrès de ma fédération PT. J’étais là en temps qu’observateur, je n’avais pas le droit de vote. Chaque section locale a élu des représentants pour assister et prendre des décisions durant le congrès. Et après, chaque représentant doit rendre compte à sa section. C’est comme ça que ça fonctionne normalement.

Le congrès a commencé à 14h pour se terminer vers 20h. Le fait marquant de cette journée c’est l’attitude de Daniel Gluckstein durant cette réunion. Après que la discussion soit close, il a prit les sections une à une (il y en a au moins une trentaine) et il a pointé toutes les cotisations, abonnements et les revisites qui manquaient à coup de « pourquoi il manque une cotisation camarade… », « pourquoi cette personne n’a pas été revue camarade… ». Comme ça pendant deux heures. J’avais l’impression que le maître grondait ses élèves. Il était vraiment autoritaire et personne ne bronchait. J’avais franchement envie de me barrer.

 

L’entreprise politique

Les réunions de cellule (ou d’UB) se déroulaient toujours selon le même plan : résultats, rapport introductif de celui qui tient la cellule, discussion et tâches. Dans les résultats, la vente hebdomadaire du journal du parti, Informations Ouvrières, est primordiale. Comme disait G : c’est notre carte de visite ! Si tu venais à l’UB et que tu avais zéro vente de IO, c’était un problème politique et ça faisait l’objet d’une discussion. Pareil pour l’organe théorique du CCI, La Vérité. A la fin, on te faisait prendre de nouveaux objectifs pour la prochaine cellule avec un beau serment pour aller vendre. A un moment, je me suis demandé si j’étais un commercial qui vendait des tapis ou un militant révolutionnaire. Franchement, je sais que l’indépendance financière n’est pas facile à équilibrer, mais cette méthode « objectifs/résultats/pourquoi t’as pas vendu » ne fait que brimer les militants. Et je ne parle même pas des campagnes d’été pour faire abonner à IO…

Finalement, on reproduit les mêmes rapports à l’intérieur du parti que dans une Société Anonyme capitaliste. Il n’y a aucune différence, mise à part la façon de faire et l’idéologie marxiste défendue mais non appliquée. Il y a une hiérarchie très précise et des tâches « obligatoires » à accomplir.

 

Faisons les comptes

 

Quand on fait le compte de toutes mes cotisations, je me rends compte de l’escroquerie :

-abonnement Informations Ouvrières : 15,25 Euros pour 12 numéros

-cotisation mensuelle au Parti des Travailleurs : 10 Euros

-cotisation mensuelle à Jeunesse révolution : 15 Euros

-phalange mensuelle au Courant Communiste Internationaliste : 10 Euros

-revue La Vérité : 4 Euros tous les deux mois et 6 Euros le numéro spécial une fois par an

-journal JR : 0,50 Cents au début puis 0,70 Cents, en moyenne tous les deux mois

-TOTAL pour deux mois de militantisme : 89,75 Euros (589 Francs), sans compter les numéros spéciaux et différentes brochures en fonction de l’actualité, ainsi que les différentes campagnes politiques.

 

Certains vieux me reprochaient de ne pas payer assez au CCI… ceux qui me disaient cela donnaient au moins 150 Euros par mois…ou sinon certains me répétaient d’augmenter mes cotisations dès que j’aurais monter de grade dans mon boulot…

Tout ça me rappelle une photo dans le rapport du XIIIème congrès du PT, à la page 16, où l’on peut voir sur une table une pétition « la sécu elle est à nous », avec dessus une petite boite remplie de pièces de monnaies et une paire de main (d’un militant sûrement) tenant des billets de dix euros…

 

Les gardes

Comme j’étais dispo, on m’a proposé[1] de faire des « gardes ». Il s’agit en fait de surveiller le local du parti, le 87, toute la nuit en se relayant avec trois ou quatre autres camarades. La nuit est découpée en quatre tranches : 23h-1h, 1h-3h, 3h-5h et 5h-7h. La dernière tranche est réservée aux cadres du CCI qui tiennent une UB…Au début, je n’y croyais pas, je pensais que c’était une blague.

Et puis j’ai fait ma première garde le lundi 14 février (je n’avais pas de copine à cette époque) avec des camarades que je ne connaissais pas. J’ai découvert le dortoir dans lequel on doit partager les odeurs et les ronflements. Les draps sont fournis mais pas de bouffe le soir, ni de petit déjeuner. Chacun sa poire. A 23h, on a tiré au sort quelle tranche horaire chacun allait faire, et je suis tombé sur la deuxième, 1h-3h. J’ai eu de belles cernes en arrivant au boulot le lendemain matin. J’ai donc effectué ma garde avec un fond de radio, à mater les écrans de surveillance du local, devant lesquels je piquais du nez.

 

J’ai fait trois autres gardes par la suite durant l’année 2005, toujours des lundi soirs. Et toujours pas de bouffe commune et toujours la même tranche horaire à surveiller. Je pense sincèrement que ça fatigue des camarades pour rien. On m’a raconté des histoires d’incendies et d’intrusions pour justifier ces gardes, mais je reste convaincu que la direction nationale pourrait rémunérer cette tâche à des camarades au chômage…

 

Jeunesse Révolution

Au mois de mars, le groupe JR de notre ville comptait quatre jeunes. J’étais le trésorier et je faisais des rapports d’activités mensuels que je communiquais aux autres camarades de JR et du CCI. On faisait des diffusions hebdomadaires devant le lycée. Notre groupe fonctionnait bien et j’étais déterminé à construire une organisation solide.

Depuis le mois de février, on était en pleine période de mouvement lycéen pour le retrait de la loi Fillon et pour la défense du bac national…On avait récolté 270 signatures sur notre pétition. J’avais commencé à établir un fichier de contacts avec numéro de téléphone et mail. On avait rencontré des jeunes meneurs sur le lycée qui organisaient les blocages, les assemblées générales et les manifestations.

Je vendais entre quatre et sept exemplaires du journal à chaque parution, et partout où je sortais dans ma vie privée, je parlais et faisais de la publicité pour Jeunesse Révolution. La vie de militant me prenait presque tout mon temps.

J’ai commencé à écrire des articles pour le journal. A cette époque il n’y avait pas encore de comité éditorial bien défini. Quelques jeunes de la région parisienne, surtout des étudiants trotskystes, élaboraient le journal avec l’aide de O, le responsable de la jeunesse au CCI, dans les locaux d’Informations Ouvrières.

Je commençais à me poser la question de « qui dirige quoi ? ». J’étais décidé à vouloir structurer notre organisation de jeunesse afin que ce ne soit pas le Commission Jeune du CCI[2] qui dirige JR, mais les militants de JR eux-mêmes.



[1] Je ne dis pas « forcer » car tu as la possibilité de dire non pour n’importe quel motif. Mais cela donnera lieu à une discussion politique très sérieuse au sein de la cellule qui au final te mettra la pression.

[2] La Commission Jeune du CCI est composée de jeunes TK de la région parisienne ainsi que de la province, et de « vieux » TK en charge de l’organisation de la jeunesse.

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