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L’atlas des utopies

Une revue intéressante qui donne à réfléchir malgré quelques auteurs infréquentables. Les éditeurs sont Le Monde et La vie, donc rien d’étonnant. Ci-dessous des extraits :

Omar Khayyam, Robâiyat

Le mystérieux Omar Khayyam aurait vécu à Nichapur en Perse de 1048 à 1131. Il était mathématicien et astronome, mais aussi poète et philosophe. Ils exprimaient ses pensées dans des « Robâiyat », traduit en français par « quatrain ».

Omar Khayyam était croyant comme certains quatrains le prouvent, mais il avait une croyance bien à lui. Il n’hésitait pas à critiquer les dogmatiques et à remettre en cause les vérités établies, il exprimait des doutes, des questionnements, ce qui est intrinsèque à la méthode scientifique (normal pour un mathématicien astronome). Il était des fois rationnel et pessimiste et d’autres fois bucolique, mais surtout épris du vin dont il prônait dans beaucoup de quatrains la consommation.

 

Robaiyat

Extrait de la présentation du bouquin :

La brièveté du quatrain lui confère un double avantage par rapport aux autres formes de la poésie persane :

1. Le poète étant tenu de présenter sa pensée dans un cadre limité, il l’exprime sans ambages, autrement dit sans avoir recours à ces recherches de style qui alourdissent fréquemment les œuvres poétique orientales. Cependant, l’allitération, le calembour et le jeu classique et quelque peu ardu qui consiste à réunir dans un distique ou même dans un vers les quatre éléments de la nature sont utilisés avec bonheur dans quelques quatrains. Ces procédés leurs assurent, sans conteste, une persistante popularité.

2. Facile à retenir grâce à sa concision, un quatrain est rapidement transmissible par voie orale, ce qui facilite sa propagation même dans les couches peu lettrées de la société.

Quant aux multiples thèmes développés dans les quatrains, ce sont à peu près les mêmes que ceux de la poésie classique persane : la vanité des choses de ce monde, l’inexorable fuite des jours, le caractère à la fois bref et fragile de la vie qui « n’est séparée de la mort que par l’espace d’un souffle », la prédestination à laquelle nul ne peut échapper, l’incapacité de l’homme à comprendre les mystères de l’au-delà, les tourments de la vieillesse, la mort qui nous réduit en poussière dont on se sert, par la suite, à « fabriquer des coupes et des cruches » ; ironie du sort qui favorise toujours les sots et les ignorants et contrarie les sages. Et comme pour contrebalancer cette vision pessimiste et somme toute désenchantée de la vie, il y a aussi un certain nombre de quatrains à caractère « bucolique » dans lesquels sont évoquées les beautés incomparables de la nature : les fleurs, les oiseaux, les ruisseaux, le vent printanier caressant les roses à peine écloses, la fraîcheur de l’aube, la douceur du clair de lune sont autant de thèmes qui servent de cadre ou de préambule à l’ivresse et à l’amour des femmes et des éphèbes,, plaisirs qu’accompagnent souvent les sons mélodieux de la flûte, du luth ou de la harpe. Le vin, prescrit comme un remède infaillible contre le chagrin, y occupe une place à part : non seulement il revient comme un refrain dans un grand nombre de quatrains, mais dans son Nowrouz Nâmeh même Khayyam n’oublie pas de vanter ses qualités : « Rien n’est plus salutaire aux hommes, écrit-il, que le vin, notamment celui tiré du bon raisin amer. Sa propriété est de bannir le chagrin et de rendre la joie au cœur. »

[…]

Khayyam eut tout particulièrement l’audace de traiter dans ses quatrains quelques thèmes « tabous », quelques paradoxes pour les musulmans qui risquaient fort de lui coûter la vie. Car n’oublions pas qu’il fut contemporain du théologien Abou Mohammad Ghazali dont l’œuvre à elle seule symbolise la victoire définitive de la religion musulmane sur la philosophie héritée des Grecs.

Au mépris des contraintes religieuses et sociales qui sévissaient à cette époque de fanatisme et d’obscurantisme où les moindres écarts aux conventions établies dans la société étaient taxés d’hérésie, il fut, en effet, le seul parmi les auteurs classiques de la littérature persane à se poser directement des questions sur le destin de l’homme et à émettre des doutes sur tout ce que l’on vénérait autour de lui. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel est le but de notre séjour ici-bas ? Semble se demander sans cesse Omar Khayyam. Son courage fait l’admiration de tout le monde. « On est étonné de cette liberté absolue d’esprit, écrit Théophile Gautier dans L’Orient (paru à Paris en 1877), que les plus hardis penseurs modernes égalent à peine, à une époque où la crédulité la plus superstitieuse régnait en Europe, aux années les plus noires du Moyen Age. »

Une autre catégorie de quatrains nous révèle dans le même esprit certains aspects de sa philosophie du doute se rapportant directement à quelques dogmes de la religion islamique :

1. Si Dieu, après avoir créé le monde, y trouve des lacunes, à qui la faute sinon au Créateur lui-même ?

2. Si Dieu est miséricordieux, pourquoi fait-il peser ses menaces de punition sur les pécheurs ?

3. Si boire du vin est un acte illicite, pourquoi donc Dieu le créa-t-il ?

4. Pourquoi Dieu crée-t-il les belles choses et les détruit ensuite sans aucune raison apparente ?

L’ironie n’est pas absente dans les quatrains : elle frappe tout particulièrement les faux dévots à qui le poète reproche d’être ignares, avides, hypocrites et de dissimuler leurs turpitudes sous les apparences spécieuses.

Omar_Khayyam_Profile

Sélection de quatrains

Sur le temps qui passe :

21

Ceux qui ont cherché à suivre leurs penchants ici-bas

Ont quitté ce monde sans avoir comblé leurs désirs.

Tu t’imagines que tu vivras éternellement ;

Avant toi, eux aussi ont caressé la même chimère !

452

Ne vas pas croire que j’appréhende le monde.

Ou que je crains l’agonie et la mort.

La mort étant une réalité, je n’en ai cure.

J’ai peur de n’avoir pas bien vécu.

Sur la vanité :

224

Bien que l’argent ne soit point le capital des sages,

Ce monde est une prison pour ceux qui en sont démunis.

Main vide, la violette baisse la tête jusqu’au genou.

La rose est souriante grâce à sa bourse remplie d’or.

307

Quel est l’homme ici-bas qui n’a point commis de péché, dis ?

Celui qui n’en aurait point commis, comment aurait-il vécu, dis ?

Si, parce que je fais le mal, Tu me punis par le mal ;

Où est donc la différence entre Toi et moi ? Dis !

Sur le vin :

15

Le jour où le vin pur me manque,

Tout m’est poison même l’antidote.

Le chagrin du monde est un poison dont l’antidote est le vin.

Pourquoi craindrais-je le poison si je bois du vin ?

157

Je vais boire tant et tant de vin que l’odeur

En montera de ma tombe.

Et lorsqu’un buveur y passera,

Du seul parfum il tombera ivre mort !

Sur la religion et les religieux :

246

Si, à l’instar de la Providence, j’avais le contrôle de l’univers,

J’aurais anéanti celui-ci.

Et j’aurais bâti un nouveau monde

Dans lequel l’homme libre pourrait réaliser ses désirs aisément.

248

Les amoureux et les ivrognes, nous dit-on, iront en enfer,

C’est une affirmation erronée à laquelle on ne saurait ajouter foi.

Car si les amoureux et les ivrognes vont en enfer,

Demain tu trouveras le paradis plat comme le creux de la main !

502

Jusqu’à quand me blâmeras-tu, ô dévot rigoriste ?

Je suis libertin, fin pilier de cabaret, constamment pris de vin.

Toi, tu ne tiens qu’à ton chapelet, à tes fausses apparences, à ta ruse.

Moi, avec la coupe et la musique, je suis au comble de mon désir près de ma muse !

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