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Partigiano Le blog en lien avec les militants révolutionnaires. Des textes, des photos et des articles de Remito sur notre monde, sur la musique, sur la politique, sur l'art, sur les livres...

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Un Monde Meilleur Chapitre 7

Par Partigiano :: 29/06/2011 à 12:19 :: Un Monde Meilleur

Les vacances scolaires se terminent et je vais faire ma rentrée en 6ème au collège Louis Aragon de Domérat. Début septembre, chaque élève a reçu un catalogue de fournitures avec un bon de commande, ainsi qu’une liste fournie par les professeurs. Tout sera distribué gratuitement à la coopérative scolaire quelques jours avant la rentrée.
-    Quand j’étais petit, on nous disait que l’école était gratuite. Mais on devait payer les fournitures et les livres. L’inégalité entre les élèves était flagrante, me dit mon papi. Supprimer l’argent a été une des meilleures choses jamais entreprise dans l’Histoire.
-    Pourquoi ?
-    Parce que l’argent était devenu, une source de conflit entre les gens. Sans argent tu ne pouvais pas manger, te loger ou t’habiller. Les gens travaillaient pour gagner un peu d’argent pour pouvoir survivre, pendant que quelques riches se pavanaient dans de grandes villas et des belles voitures. Les rapports entre les gens étaient pourris par le fric. Désormais, chacun a accès à toutes les choses nécessaires pour bien vivre, ce n’est plus l’argent qui régit la consommation mais les besoins. Tu comprends mon p’tit gars ?
-    Un peu…
-    Je te donne un exemple : la maison dans laquelle nous vivons, avant la révolution, appartenait à une entreprise qui possédait toutes les maisons de notre rue. On devait leur payer un loyer pour pouvoir y habiter. Toute la terre et les habitats étaient des propriétés privées et plus tu avais d’argent, plus tu pouvais avoir de logements et les mettre en location pour faire du fric. Aujourd’hui chacun habite une maison ou un appartement avec qui il veut et où il veut. La répartition des logements se fait en fonction des besoins.
-    Et si je veux vivre dans une tente ?
-    Tu peux mais ce n’est pas très confortable. Il y a des gens qui vivent dans des roulottes ou des caravanes, ce sont des nomades ; d’autres vivent sur des bateaux ou des péniches. Il y a plein de mode de vie possible. Dans l’ère capitaliste, la majorité des gens vivaient tous de la même façon, on avait tous le même style de vie : travail, voiture, dodo et le week-end un peu de temps libre pour se reposer. Ceux qui n’étaient pas dans cette norme étaient montrés du doigt ou traités de fainéants. Aujourd’hui, cela a changé car les gens passent plus de temps à faire des choses qui leur plaisent.


***

J'ai hâte de faire ma rentrée pour retrouver mes copains et Mélissa. Mais j'ai toujours un petit nœud au ventre la veille et mon papi le voit bien lors du dîner :
    Alors mon gamin, tu ne manges rien ?
    Je n’ai pas faim papi.
    C'est parce qu'il est amoureux, m'embête ma sœur.
    N'importe quoi, je dis, va t'occuper de tes boutons sur la gueule.
    Rémi, ne parle pas comme ça à ta sœur, crie ma mère.
    Du calme les enfants, rétorque mon père, demain c'est la rentrée au collège pour toi mon petit gars, et tu vas pouvoir apprendre plein de choses passionnantes, notamment dans toutes les matières optionnelles qui sont proposées à partir de cette année.
    Quelles matières ?
    En plus des cours généraux, français, histoire, maths etc..., tu peux t'inscrire à des cours de musique, de dessin et de sport. En fait, les associations sportives et artistiques se sont mutualisées avec le collège pour que tous les enfants aient accès à l'éducation la plus large possible, et elles proposent des nouvelles activités. Par contre quand tu t'inscris dans une matière, tu t'engages à la suivre sérieusement toute l'année.
    C'est super, dit mon papi, profitez-en les enfants. De mon temps c'était pas comme ça, fallait payer pour ce genre de choses. Forcément les plus pauvres ne pouvaient pas en profiter. Mais aujourd'hui c'est fini ces conneries. Vive la révolution !
    Maman, papi a encore trop bu, s'indigne ma sœur.


***

Le matin de la rentrée, je retrouve tous mes copains dans la cour du collège. On se remémore nos vacances en attendant la sonnerie qui annoncera une nouvelle année scolaire. Une fois dans le hall principal, chacun cherche son nom sur les listes affichées pour savoir dans quelle classe il se trouve. Je suis avec Julien, Pascal, Damien et Anthony. Les autres sont réparties sur deux autres classes. Notre professeure principale est Madame Alliouche, notre professeure d’Espéranto. J’aperçois ma sœur, de l’autre côté du hall, avec ses copines. Elle passe en 3ème cette année. Elle va devoir choisir le lycée et la filière où elle veut étudier plus tard.

Notre première heure de cours se tient avec notre professeure principale. Après avoir fait l’appel, elle nous distribue notre emploi du temps et nous explique :
-    Le conseil scolaire, à partir de cette année, a réparti les heures de cours obligatoires sur quatre jours. Le mercredi et le samedi sont consacrés au modules optionnels, à savoir, les cours de musique et artistiques, et les activités sportives. Vous avez aussi des sorties loisirs. Je vais vous donner une feuille à remplir où vous devrez choisir vos options. Vous me la rendrez avant la fin de la semaine. Tout choix est définitif pour l’année scolaire alors réfléchissez bien.
-    Madame, intervient Damien, et si on n’a envie de rien faire ?
-    C’est ton choix, mais ça ne t’aidera pas à être plus malin.
La classe éclate de rire. La professeure continue :
-    Ces activités sont utiles pour éveiller votre envie de connaissance et peut-être vous découvrir une passion. Elles permettent aussi de se divertir tout en apprenant, de se changer les idées et de découvrir de nouveaux mondes. La musique est un domaine immense, tout comme la peinture. Alors profitez de ces modules, ce ne peut être que des bonnes expériences.

Pendant la récréation, chacun a exprimé ses choix de modules optionnels. Pascal et Julien n’ont choisi que des cours de sport malgré qu’ils fassent déjà du football au Stade Domératois. Sébastien et Damien ont choisi des sorties loisirs comme la pêche ou le ramassage de champignons. Anthony, Matthieu et moi avons choisi l’histoire de la musique ainsi que l’atelier bande dessinée. A la fin de la récréation, je suis allé voir Mélissa. Elle veut choisir l’atelier peinture et celui de biologie appliquée. Je lui demande si elle veut bien qu’on se voit mercredi après-midi et elle accepte. Elle me fait un bisou sur la joue. Ma sœur me regarde de loin et rigole de moi avec ses copines. Du coup, je m’approche d’elles et m’exclame :
-    Arrêtez de rigoler avec vos sourires en chemin de fer !
Un copain de ma sœur, Christophe, intervient :
-    Eh le bleu tu vas retourner avec tes minipouces ! Depuis quand les petits parlent comme ça ?
-    Depuis que je suis là.
-    C’est pas toi qui vas faire la loi bambino alors vas jouer aux billes.


***

Mercredi après-midi, j’ai retrouvé Mélissa dans le parc en bas de chez moi. Nous habitons le même quartier, Bressolles. Un immense lotissement construit autour d’un espace vert au milieu duquel coule un ruisseau. Beaucoup de jeunes se retrouvent dans ce parc pour jouer au foot et pour s’amuser. Les soirs d’étés, c’est souvent la fête, beaucoup sont bourrés et des voisins se plaignent du bordel. Mais il y a toujours des anciens, en train de jouer aux boules, qui viennent calmer ces petites tensions.

J’ai proposé à Mélissa de lui montrer la cabane qu’on a faite avec mes copains dans le bois derrière chez moi. En chemin, nous croisons Damien et Pascal en train de faire la course avec Greg sur leurs vélos.
-    Ils font ça tous les mercredis, dit Mélissa.
-    Je sais, normalement c’est moi qui tiens le chrono au départ mais pour aujourd’hui, ils ont demandé à Thibault.
-    Tu n’as pas peur d’aller dans le bois ?
-    Non pourquoi ?
-    A ce qui paraît, il y a un vieux qui habite dedans et qui kidnappe des enfants. C’est une voisine qui a dit ça à ma mère.
-    Ahah c’est des conneries, c’est des histoires pour faire peur aux filles !
Elle me jette un regard de tueuse. J’en profite pour changer de sujet.

Pour arriver à la cabane, on doit emprunter un petit sentier assez tortueux, décoré par quelques grosses toiles d’araignées et des orties. De quoi faire crier Mélissa et effrayer les quelques animaux qui habitent dans le coin. Notre cabane se trouve au pied d’un immense chêne plus que centenaire. Elle est faite de bric et de broc, de planches récupérées et de morceaux de bois ramassés. Elle a la forme d’une tente canadienne. Les branches horizontales des arbres voisins nous ont aidés à la construire. On tient facilement assis à cinq dedans. On a fabriqué des arcs et des flèches en bois, qu’on cache à l’intérieur, et que je montre à Mélissa.

Nous avons aussi notre observatoire en haut du chêne. La multitude de branches solides nous sert d’échelle. Mes parents m’ont interdit de monter car c’est dangereux mais j’y monte quand même. Nous décidons de grimper. Je lui dis de passer devant pour la guider et elle se débrouille plutôt bien. Arrivés en haut, le tronc principal se détache en plusieurs grosses branches qui permettent de s’asseoir côte à côte. De cette hauteur, nous surplombons le bois et nous voyons tout le centre de Domérat ainsi que les hameaux alentours. Le soleil est déjà assez bas en cette fin d’après-midi de septembre. Mélissa s’appuie sur mon épaule et je la prends dans mes bras.


***

La première semaine au collège s’est bien passée. Les cours d’histoire-géographie sont très intéressants. Je ne peux pas en dire autant des mathématiques. Je passe mon temps à dessiner sur mon cahier au lieu de faire les exercices, ce qui m’a valu des devoirs en plus à rendre pour le prochain cours. Je ne l’ai pas dit à mon père sinon il m’aurait crié dessus.

Samedi matin, j’ai eu mon premier cours optionnel : histoire de la musique. C’est Bruno, un guitariste d’un groupe de rock de la région et ami du directeur de l’école de musique, qui nous fait les leçons :
-    Bonjour à toutes et à tous, je vois qu’on est un bon petit groupe. Je m’attendais à moins de motivés, c’est cool, ça fait plaisir. Alors, on va passer les samedis ensemble à étudier l’histoire de la musique à travers toutes les époques mais aussi différencier les styles de musique et essayer d’en connaître les grands noms. Qui pratique un instrument parmi vous ?
La majorité des élèves présents lève la main.
-    Ok, j’ai affaire à des passionnés, dites donc ! Je vous ai préparé une présentation du programme de l’année que je vais vous distribuer. On va commencer par un aperçu des origines de la musique à la préhistoire. Malheureusement on n’a pas d’enregistrement de l’époque donc ce sont les découvertes archéologiques qui nous intéresserons. Après nous passerons rapidement sur l’antiquité et le moyen-âge qui ne sont pas des périodes fastes, pour en venir à l’époque capitaliste, qui elle, foisonne de créations musicales.
Je lève la main et demande :
-    Pourquoi ?
-    Comment t’appelles-tu ?
-    Rémi
-    Ok, Rémi. Le directeur de l’école de musique m’a parlé de toi et de tes « pourquoi ». C’est bien d’être curieux… En fait, l’ère capitaliste en développant l’industrie, la population et les villes a développé la production de musique. Matériellement, les instruments se sont transformés, on est passé de la guitare sèche à la guitare électro-acoustique puis électrique par exemple. La technologie a créé les boites à rythmes et synthétiseurs. Et derrière tout ça, la misère, la souffrance, l’injustice, sont des sources d’inspiration énormes. La musique durant le 20ème siècle représentait les courants sociaux des différentes époques. Mais je m’égare, on verra tout ça justement au cours de l’année.
Un élève de troisième lève la main :
-    Est-ce que ça veut dire que notre époque est devenue moins riche en création musicale ?
-    Je ne dirais pas ça. Je dirais qu’au contraire la liberté a amené une autre vision des choses. Les sources d’inspiration majoritaires restent quand même l’amour et l’histoire. Mais il faut bien comprendre que durant les dernières années avant la révolution, des grandes compagnies produisaient de la musique pour faire de l’argent. Et les radios diffusaient énormément ces musiques-là. Je vous en ferai écouter pour que vous compreniez. Des choses plus intéressantes étaient dans l’underground, autrement dit dans l’ombre. La révolution, en supprimant le poids de l’argent a libéré la création et l’innovation artistique. Maintenant, si vous le voulez bien, nous allons commencer notre premier cours. Qui peut me donner une définition générale de ce qu’est la musique ?
-    C’est un ensemble de sons et des mélodies, répond Matthieu.
-    Oui c’est presque ça, c’est l’art d’assembler harmonieusement des sons. Alors vous me direz dans ce cas là, le chant d’un oiseau, c’est de la musique ? Et bien oui, les oiseaux sont des musiciens. Et il est fort probable, d’après les paléontologues, que les premiers instruments de musique créé par l’homme, servaient à la chasse ou à reproduire les bruits des animaux. A votre avis, quels sont les plus vieux instruments retrouvés dans les fouilles archéologiques ?
-    Des tam-tams, répond un élève de cinquième.
-    Et non, ce sont des instruments à vent, des sortes de flûtes taillées dans des os ou dans l’ivoire des mammouths par exemple. Les plus vieux exemplaires ont 35000 ans et ils ont été découverts en Allemagne. C’est la photo que vous voyez au fond de la salle ; regardez, on aperçoit des petits trous le long du tube, comme sur les flûtes modernes. Biensûr, celle-là produisait moins de sons différents, elle devait être plus proche du sifflet. Mis à part les instruments, avec quoi pouvons-nous faire de la musique ?
-    Avec notre voix, répond Anthony.
-    Oui tout à fait, avec notre corps. Les sons produits par le larynx, taper dans ses mains ou avec ses pieds, ont sûrement été les bases de la musique primitive, qui devait être essentiellement basée sur la rythmique. Nos ancêtres ont dû aussi essayer d’imiter les cris des animaux avec leur bouche avant d’essayer avec des instruments. Nul doute aussi, que les grottes ont servi pour des chants étant donné leurs exceptionnelles acoustiques…





Un Monde Meilleur Chapitre 6

Par Partigiano :: 19/11/2010 à 14:25 :: Un Monde Meilleur

Chapitre 6

 

-          Papi, pourquoi il y avait pleins d’engins de démolitions au Cap d’Agde ?

-          Ah mon petit gars, c’est une étape importante de la révolution qui se perpétue de jour en jour. Laisse-moi t’expliquer. Une fois le renversement du capitalisme établi, quelques mois après les premières révoltes en Europe, les conseils pour la Révolution ont pris des mesures drastiques pour réparer les dégâts de l’ère capitaliste. Ces mesures sont toujours d’actualités. La nature met du temps pour se régénérer. Les moniteurs ne vous ont rien expliqué durant le camp de vacances ?

-          On nous a dit de ne pas aller traîner dans le chantier car c’était dangereux. C’est tout.

-          Bon, y en a encore qui n’ont rien compris. Une des premières actions des conseils a été de démolir tous les quartiers qu’on appelait cité HLM et de ne construire que des maisons autonomes écologiques. C’était une des mesures phares : que chacun puisse avoir un logement décent. Dans le même temps, on a décidé aussi de dégager les littoraux du bétonnage intensif. Mais ça prend beaucoup de temps. Les chantiers sont énormes. Ils ont déjà mobilisé beaucoup de travailleurs, notamment une grande partie des anciens chômeurs qui ne demandait qu’à aider à construire un nouveau monde.

-          C’est quoi des chômeurs ?

-          A l’époque capitaliste, pour survivre on devait travailler pour des patrons dans leur entreprise ou pour l’Etat. Mais certains d’entre nous étaient privés de travail. Soit parce qu’ils avaient été virés, soit parce qu’il n’y avait pas d’emploi dans la profession qu’il voulait exercer. Par exemple en 2008, il y avait plus de cinq millions de chômeurs sur trente millions de travailleurs en France. Le chômage permettait au patron de faire baisser les salaires en utilisant le chantage. On nous disait : « Vous ne voulez pas de ce travail - mal payé évidemment -, et bien restez au chômage, quelqu’un d’autre le prendra à votre place ». Une concurrence entre les travailleurs faisait rage sur le marché du travail. Les gens se battaient pour décrocher un emploi. Certaines personnes se mettaient en vente sur Internet ! Derrière ces obligations malsaines, l’enjeu était la survie au quotidien des prolétaires…nous, qui vivions dans des immeubles mal entretenus ou délabrés, des habitations aux loyers abusés surtout en région parisienne dans laquelle j’ai vécu plus de quinze ans. La révolution a vraiment bouleversé de fond en comble l’espace géographique. En quelques années, les gens ont quitté les grandes métropoles pour s’installer à la campagne ou dans les petites villes. Les banlieues ont été détruites et la nature a repris ses droits sur ces espaces. A l’époque, beaucoup de logements, appartenant à des gens riches, étaient vides alors que des familles dormaient dans la rue. Les conseils pour la Révolution ont réquisitionné ces logements pour les redistribuer. Les quartiers d’affaires, comme celui de La Défense en banlieue parisienne, ont été démolis. Je crois que j’en ai gardé des photos, je te montrerai ça. Des tours de béton et de verres, immenses, la plus part très laides. Même des villes comme New-York ou Shanghai, ont fait tombées ces constructions. De nos jours, ces tours de bureaux ne servent plus à rien, certaines ont été gardés pour le tourisme et transformées en hôtel comme la Tour Montparnasse à Paris ou l’Empire State Building à New-York.

-          J’aimerais bien aller à Paris…

-          On ira si tu veux mon gamin. Cela me rappellera beaucoup de souvenirs, bon ou mauvais… On emmènera ta sœur aussi. Faut juste réserver les billets de trains. On logera chez des amis. Paris est une ville magnifique qui accueille plus de touristes que d’habitants. Des dizaines de musées et de monuments à visiter, des vieux quartiers animés comme la Butte-aux-Cailles, Barbès-Rochechouart ou Belleville.

-          Tu habitais où ?

-          J’ai habité à plusieurs endroits, Grenelle, Corvisart puis la banlieue Est, on parlait de banlieue Rouge encore à l’époque du fait que la majorité des habitants avaient été des ouvriers communistes et que les mairies était tenues par des anciens staliniens.

-          Des staliniens ?

-          Oui c’est comme ça qu’on appelait les gens du Parti Communiste Français et des partis se réclamant de la IIIème Internationale.

-          Je ne comprends rien papi !

-          C’est normal. Il faut bien que tu saisisses qu’à cette époque, les mots étaient détournés de leur sens réel. Durant le XXème siècle, la classe au pouvoir nous faisait croire que le stalinisme était le communisme. Hors ce sont deux choses différentes. Le communisme c’est le monde dans lequel nous vivons désormais. Un monde sans classe ni Etat. Le stalinisme, c’était la terreur permanente. Un Etat autoritaire, dirigé par des bureaucrates, qui contrôlait tout, et le culte de Staline, le dirigeant suprême de la Russie à l’époque. Le stalinisme a été la pire entreprise de répression de toute révolution prolétarienne. Et le PCF a eu un rôle important de sabotage des révoltes de la classe ouvrière en France. Mon gamin, tu verras tout ça à l’école au cours d’histoire. Il est bientôt cinq heures, et avec ta mère on doit assister à la réunion du conseil communal hebdomadaire. Tu veux venir ?

-          La dernière fois que je suis venu, tu t’es engueulé avec Denis. J’aime pas les disputes.

-          Ah oui. Ca fait parti de la libre discussion mon petit. On ne peut pas être tous d’accord sur tout ; et ces discussions, ou engueulade, permettent souvent d’avancer ou de mettre les choses à plat.

 

***


J’ai finalement accompagné mon papi. La réunion se déroule dans la salle polyvalente de la ville. Le conseil communal est l’organe de gestion de la vie collective. Sont présents les gens élus pour un mandat de trois ans et révocable à tout moment qui doivent rendre des comptes de la gestion à la communauté, ainsi que tous les délégués des conseils de quartiers, des associations et des entreprises qui initient les discussions et rédigent les décisions. Tous les habitants ont le droit d’assister et de participer aux débats. Mon papi et ma mère sont des délégués pour le quartier de Bressolles.

 

Denis, un vieux combattant de la révolution et désormais secrétaire pour le conseil communal, entame la discussion :

-          Mes chers amis, j’espère que tout le monde va bien en cette fin de période estivale. Nous avons beaucoup d’affaires à traiter dans l’ordre du jour. Lors de la dernière réunion, nous avons évoqué les échanges scolaires avec notre ville sœur au Burkina, Arbollé. Est-ce que le conseil du collège peut nous résumer la situation ?

Une professeure du collège répond :

-          Oui biensûr. L’équipe pédagogique du collège a décidé que les élèves de 4ème recevront leurs correspondants africains durant trois semaines. Un programme scolaire commun a été établi notamment avec des heures d’histoire, des sorties culturelles et sportives en plus. Leur emploi du temps pour ces trois semaines est donc modifié. Un dossier complet a été envoyé aux familles, vous pouvez le consulter sur le site internet du collège. Une réunion avec les parents qui hébergent les enfants aura lieu la semaine prochaine. Nos homologues africains nous ont confirmés par téléphone qu’ils préparaient la venue des élèves.

-          Quand est-ce que les enfants d’Arbollé arrivent ? demande un habitant.

-          Ils arrivent une semaine après la rentrée des classes. Ils seront donc là tout le mois de septembre.

Denis reprend la parole :

-          Très bien, merci professeur pour ce rapport. Est-ce qu’il y a d’autres questions ? Non ? Alors nous passons au point suivant. Nous avons un problème de transport avec le hameau de Vignoux-Prunet. Les habitants ont rapporté le fait qu’il n’y a pas assez de passage de bus quotidien. Les délégués du hameau peuvent-ils nous expliquer ?

-          Oui, alors en fait nous n’avons que quatre liaisons par jour avec Domérat. Ce qui est bien trop peu pour pouvoir se déplacer correctement, notamment pour les jeunes et les personnes âgées. De plus, le nombre d’habitants,  dans le hameau a augmenté depuis quelques mois. Nous demandons donc que soit créé un service journalier qui dessert le hameau au moins une fois par heure.

-          D’accord, est-ce que le service des transports de la région montluçonnaise peut mettre en place cela ?

Un délégué du conseil des transports répond :

-          Oui tout est possible, il faut qu’on trouve des conducteurs de bus. Il faut donc passer un appel à candidature dans la région.

Un habitant du hameau intervient :

-          Est-ce qu’on ne pourrait pas prolonger la ligne de bus qui relie Montluçon à Domérat vers chez nous ?

Le délégué des transports :

-          Pourquoi pas ? Je vais proposer cela aux Réseau des Transports Montluçonnais.

-          Est-ce que les délégués et les habitants de Vignoux-Prunet peuvent suivre ce dossier avec le conseil des transports ? demande Denis.

-          Oui pas de soucis.

-          Dis donc on avance bien aujourd’hui, les vacances ont fait du bien on dirait, s’exclame Polo, un délégué du conseil communal et ami de mon papi.

-          Passons au point suivant si vous le voulez bien. Les agriculteurs associés de Domérat nous font part de leur problème. Un insecte parasite détruit une partie des cultures céréalières de la commune, qui peut nous en dire plus ?

Un représentant des agriculteurs prend la parole :

-          Il s’agit d’un insecte transportant une maladie qui affecte particulièrement les plantes céréalières. Des copains de la région de la Beauce ont déjà recensé ce phénomène et ils ont réussi à le traiter d’après ce que le conseil régional de l’agriculture nous a dit. Nous allons donc les inviter pour qu’ils nous aident à traiter ce problème.

Un délégué à la gestion de la production demande :

-          Quelle incidence cela aura sur les prochaines récoltes ?

-          La moitié de la production sera inutilisable si on n’agit pas rapidement.

-          Ah quand même !

-          Ne nous inquiétons pas chers amis, répond Denis, les coopératives alimentaires de la région ont des stocks pour pallier au manque.

-          On va encore nous reprocher, nous conseil domératois, de puiser dans les stocks !

Mon papi intervient :

-          C’est qui on ? Qui peut reprocher quoi que ce soit ? Les stocks des coopératives servent à tout le monde. Ils ont été mis en place justement pour des situations comme celle que nous connaissons. Donc si quelqu’un a un souci avec ça qu’il vienne me voir et on va discutailler ! Tout le monde produit pour tout le monde désormais. Les stocks sont à la disposition des conseils.

-          Et si un jour les stocks sont vides ?

-          T’es né de la dernière pluie mon gars ! Même si cette situation devait arriver, nous avons d’autres stocks à l’échelle nationale et internationale. Tu crois que les anciens n’ont pas tiré de leçon de l’ère capitaliste ou quoi ?

-          Ne nous énervons pas, répond Denis. Merci pour tes mises au clair Henri. Les agriculteurs associés vont faire ce qu’il faut, je n’en doute pas. Continuons l’ordre du jour : la nouvelle station d’épuration a été mise en marche hier matin…

 

Je suis allé attendre mon papi et ma mère dehors. Le soleil descend lentement vers l’ouest. La ville est calme. Deux personnes jouent au tennis sur les cours à côté du centre municipal. Quelques jeunes se sont réunis sur les marches du centre, ils discutent et fument des cigarettes. Je pense à la rentrée qui arrive à grand pas et je me remémore avec nostalgie les vacances. Le directeur de l’école de musique sort à ce moment-là et me demande :

-          Salut Rémi, qu’est-ce que tu fais là ?

-          J’étais venu accompagner mon papi et ma mère au conseil communal mais ça m’ennuie, ça dure longtemps et mon papi s’énerve souvent.

-          Ah oui, Henri a un sacré caractère, il se laisse pas faire et il est toujours aussi combatif malgré son âge. C’est un exemple de lutte pour nous tous, tu sais. Et même s’il s’énerve c’est pour faire avancer les choses.

-          Oui je sais, mais pourquoi les gens passent autant de temps à discuter ?

-          La démocratie directe implique la libre discussion. Nous devons écouter les points de vue des autres et les discuter. Les problèmes sont gérés et résolus ensemble et c’est très important. Tu comprends ?

-          Oui… un peu.

-          Il fut un temps, que tu n’as pas connu, heureusement, où nous n’avions aucune emprise sur nos vies, sur la gestion de la communauté. Une minorité décidait tout pour leurs intérêts particuliers. Aujourd’hui chacun doit faire l’effort de s’impliquer et de participer à la collectivité dans le bien de tous. C’est le principe même de vivre en société. Enfin bref, tes parents pourront t’expliquer ça mieux que moi. Tu continues la musique cette année ?

-          Oui biensûr, c’est toujours Frank qui donnent les cours de batterie du samedi ?

-          Oui, il vous attend tous avec impatience. Et révise un peu le solfège, vous les batteurs vous avez tendance à négliger les notes ! Allez bonne soirée.

-          Au revoir bonne soirée.







Un Monde Meilleur Chapitre 4 et 5

Par Partigiano :: 04/01/2010 à 11:58 :: Un Monde Meilleur

Chapitre 4

 

Aujourd’hui c’est le grand jour. Je pars en colonie de vacances pour quatre semaines au Cap d’Agde. La ville de Domérat a un centre de vacances là-bas au bord de la mer. Il y a aussi les enfants des communes d’Huriel et de Prémilhat qui viennent nous rejoindre.

Le départ est prévu à huit heures en ce beau matin du mois de juillet. Mon papi, mes parents et ma grande sœur m’ont accompagnés jusqu’au centre municipal où le car et les moniteurs nous attendent.

L’appel est fait mais il y a toujours quelques retardataires. A huit heures quinze le car démarre. Je dis au revoir à ma famille à travers la vitre. Le chauffeur a l’air très motivé, il commence déjà à chanter avec la musique à fond. De la vieille musique biensûr. Les moniteurs le coupent dans son élan et prennent le micro pour nous souhaiter la bienvenue et nous expliquer le déroulement du voyage.

Moi j’ai déjà retrouvé mes copains à l’arrière du car. Il y a Yoann, Sébastien, Anthony, Pascal, Matthieu, Damien, Thibault et Julien. Une sacré bande de pote. Toujours prêts à faire les 400 coups.

 

A midi on s’est arrêté sur l’aire de repos de l’Aveyron pour pique-niquer. Toute la nourriture est prise en charge par le camp de vacances. Le reste du trajet a été rapide. A la sortie du tunnel du Pas de l’Escalette, la végétation méditerranéenne ainsi qu’un grand soleil ont fait leur apparition.

A quinze heures trente, on est arrivé sur le campement. On a mis nos bagages dans la salle commune et on est partis monter nos tentes en fonction des groupes créés par les moniteurs. J’étais avec Yoann et Julien, deux dégourdis. La tente a été montée en cinq minutes. Des tentes canadiennes avec piquets et lourdes toiles. Du coup j’ai commencé à désherber notre coin et accrocher notre fil à linge.

Durant ces camps de vacances organisées par le conseil scolaire, on nous apprend à devenir autonome mais aussi à apprendre la vie en collectivité. Les plus grands, les 15-18 ans, partent quelques jours en expéditions par groupe sans moniteur. J’ai hâte de faire ça moi aussi.

On est cinq ou six par groupe. On a décidé d’appeler le notre les Renards. Il y a deux filles avec nous, Jennifer et Anne et on les a aidées à monter leur tente.

Après ça, on a tous été à la douche avant de manger ensemble dans le grand réfectoire. Balou, un des animateurs, nous a souhaité la bienvenue et nous a expliqué les règles et le fonctionnement du camp :

-         …je tiens à vous préciser qu’on se lève tous les matins à huit heures…

Mes potes Matthieu et Sébastien tire une drôle de tête.

-         Ne me regardez pas comme ça les enfants, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

La première semaine s'est bien passée. Ma famille ne me manque pas trop à part les histoires de mon papi. Je vais avoir plein de choses à lui raconter au retour. Notamment sur la déconstruction du littoral méditerranéen. Un après-midi nous sommes allés faire un jeu de piste dans la nature qui entoure le Cap d'Agde, et il y avait des ruines d'immeubles et des engins de démolitions. Une pancarte à l'entrée du chantier indiquait qu' « ici le conseil languedocien pour la sauvegarde de l'environnement détruit la folle urbanisation de l'ère capitaliste ». Je me suis demandé à quoi servaient tous ces bâtiments. En tout cas pendant le jeu de piste on a découvert plein d'animaux et de plantes et j'ai bien rigolé avec une fille d'un autre groupe qui s'appelle Mélissa.

 

Durant la deuxième semaine, Yoann et Sébastien ont réussi à se prendre la tête mais Anthony et Matthieu étaient là pour les calmer. On ne sait même plus quelle était l’origine de la querelle. Pascal, Damien et Thibault se sont fait choper par les moniteurs en train de jeter des pétards dans les champs voisins, ce qui leur a valu de nettoyer la salle commune après le repas du soir. En somme, rien d’anormal. De mon côté j’ai commencé à flirté avec Mélissa pendant les temps libres. Julien et Anne passaient beaucoup de temps ensemble aussi…

 

Le soir du 23 juillet, on a fêté mon anniversaire et celui de Pascal avec les copains dans la salle commune. On a mangé un gros gâteau et j’ai reçu des cartes postales de ma famille. On a bien rigolé et fait la fête. Plus tard dans la soirée, on est sortis à l’écart du brouhaha avec Mélissa. C’était une chaude nuit d’été comme je les aime et le ciel était magnifique. On a marché jusqu’au bord de la mer et on s’est assis sur la plage. Le bruit des vagues en musique de fond, on parlait de tout :

-         Tu crois en Dieu ?

-         Non. Personne n’est croyant dans ma famille. Mon papi dit que si Dieu existait, il faudrait le tuer.

-         Pourquoi il dit ça ?

-         Je ne sais pas. Je pense qu’on n’a pas besoin d’un Dieu pour vivre.

-         Mais qui a créé le monde alors ?

-         Personne.

-         Dans ma famille les gens sont croyants, ils pensent que c’est grâce à Dieu que la révolution a eu lieu et qu’aujourd’hui on vit mieux.

-         C’est surtout grâce à ceux qui se sont battus. Mon papi m’a raconté l’histoire de la révolution et je suis fier de ce qu’ils ont fait pour nous.

-         Moi aussi et je suis bien contente de ne pas avoir vécu dans l’ancienne époque. Ma grand-mère m’a dit qu’elle devait payer ses médicaments et qu’il y avait la guerre dans plein de pays !

-         C’est fou, on m’a raconté les mêmes choses. Je me demande comment il pouvait supporter ça ?

-         Qu'est-ce que tu veux faire comme métier plus tard ?

-         Je ne sais pas encore. J'aime bien la musique et le dessin.

-         Moi, je veux être infirmière.

 

En rentrant sur le chemin, on s’est embrassé. C’était sûrement la plus belle soirée que j’ai passée pendant mes colonies de vacances. Fin juillet, on est rentré à Domérat et on a continué de se voir régulièrement.

 

 

 

 

Chapitre 5

 

Un jour ce sera la fin du monde

Et je rigolerai devant le chaos

Je n’ai plus peur

La mort est un mot de plus

Dans un langage mortifère

Viens danser avec moi

Augmente le tempo

Les gens sont fous

Ils acceptent tout

Sans réfléchir

Obéir

OUI

 

Mon papi se réveille en sursaut et hurle :

-         Ahhhhhhhhh, je vais vous butez !

-         Non c’est moi papi…

-         Ah !

Il reprend ses esprits, met ses lunettes et me regarde bizarrement :

-         Ça va mon gamin ?

-         Oui j’étais venu te réveiller. T’as fait un cauchemar papi ?

-         Ça m’arrive régulièrement. Quelle heure il est ?

-         Neuf heures. Ce matin on doit aller au marché tu m’as dit hier qu’on irait chercher de la brioche et des fruits.

-         Ok laisse-moi prendre mon petit déjeuner avant.

 

Mon papi boit son lait de soja avec ses gâteaux en écoutant la radio dans la cuisine. Le dimanche matin, il y a des émissions d'histoire et d'actualités sur radio liberté. Moi je préfère regarder les dessins animés à la télévision dans le salon en attendant que mon papi soit prêt.

Une heure plus tard, nous voilà sur le marché du centre ville de Domérat. J'aime bien cette ambiance et tous ces produits de la terre sur les étalages. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les tailles. On est en plein mois d'août et il y a quantité de variétés de fruits et légumes. Les producteurs font goûter leur récolte aux gens qui viennent faire leur course. Les mamies racontent les derniers ragots du village. De nos jours, les terres agricoles appartiennent à la commune et à ceux qui  y travaillent. La production de denrée alimentaire est faite en fonction des besoins et de la région dans laquelle on se trouve. Cela permet des échanges entre communes après décision du conseil communal agricole pour l'alimentation.

Mon papi prend des abricots et des pêches, mes fruits préférés, à Umberto, un agriculteur qu'il connaît :

-        Ça va ma vieille couille ?

-        Bien et toi vieille bite en bois ?

-        Tu me mets un kilo de chaque s'il te plaît. Comment va la famille ?

-        Ça va tranquille, c'est les vacances, ils sont venus me voir à la ferme. Tout le monde te passe le bonjour. Vous venez boire un coup à la maison ce soir, c'est la nuit des étoiles, le ciel sera magnifique.

-        Si tu veux ma vieille denrée. Tu mets une boite d'œufs en plus.

-        Ok ça sera tout ?

-        Ça ira pour cette fois. A ce soir ma couille.

 

S'en suit un détour vers la boulangerie pour prendre une belle brioche, et un petit tour au bar de la place Bacchus pour se désaltérer d'une boisson fraîche en cette chaude journée estivale. Sur le chemin du retour mon papi a l'air soucieux.

-        Pourquoi tu fais des cauchemars papi ?

-        T'es content d'aller voir les étoiles ce soir ?

-        Oui mais pourquoi tu ne réponds pas à ma question ?

-        Parce que t'es trop jeune pour que je te raconte ces histoires. Ces cauchemars troublent mon sommeil et mes pensées. Ne le dis pas à tes parents, ils vont encore m'envoyer chez ce taré de psychiatre. Si ta grand-mère était encore vivante, je dormirais peut-être mieux...

Je n'ai pas connu ma grand-mère. Mes parents m'ont dit qu'elle est morte durant la révolution. Mon papi a une grande photo de mariage dans sa chambre sur laquelle ils sont très beaux tous les deux. Souvent je me demande pourquoi elle morte si jeune mais je n'ose pas trop déranger mon papi sur cette question qui a l'air douloureuse.

 

***

 

Le soir même, mon papa a fait des superbes grillades au barbecue qu'on a partagé avec les voisins. Le tout arrosé d'un gros cubi de vin rouge et d'un sorbet aux fruits en dessert. Après ce bon repas et des discussions qui ne voulaient pas se terminer, on est partis, mon papi et moi, voir les étoiles.

Umberto habite dans un hameau au nord de Domérat qui s'appelle Ricros. On a dû prendre notre voiture électrique pour s'y rendre. En arrivant devant sa maison, on aperçoit rapidement une pancarte qui stipule « Coopérative Fruitière Domératoise – Domaine de Ricros ». Umberto travaille dans cette coopérative depuis longtemps et tous les terrains autour de sa maison sont plantés de divers arbres fruitiers. C'est aussi le premier habitant de la région à avoir équipé sa maison de panneaux solaires. Umberto est un écologiste de la première heure et un ancien combattant de la révolution. Il s'est battu au niveau international pour l'arrêt de l'utilisation des engrais chimiques et des pesticides. Cette année, en France, nous avons passé le seuil des 90 % d'exploitations agricoles sans produits toxiques.

 

Umberto et sa famille sont sur la terrasse derrière la maison en train de débarrasser les restes du repas. En approchant, on peut sentir une odeur de citronnelle, bien utile pour éloigner les moustiques en cette période de l'année. Mon papi s'exclame:

-        Bonsoir à tous !

-        Salut vieux loup, répond le fils aîné d'Umberto. Comment vas-tu ?

-        Ça roule tranquillement mon gars. T'as préparé le télescope ?

-        Oui t'inquiète, je l'ai nettoyé avant de manger. En attendant que la nuit soit complètement tombée, on va boire un coup.

-        Vous avez encore du bon Porto comme la dernière fois ?

-        Oui, il nous en reste, je vais aller le chercher.

Une demi-heure plus tard, la nuit était là et allongé sur les transats, on contemplait les milliards d'étoiles qui dessinaient le ciel. Umberto et mon papi me montrait les différentes constellations :

-        Regarde, par là, c'est la grande ourse et en face la petite ourse.

-        Là bas, les trois étoiles presque alignées c'est la ceinture d'Orion. Les Égyptiens de l'antiquité vénéraient cette constellation.

-        Pourquoi, je demandais.

-        Quand elle apparaissait dans leur ciel, ça coïncidait avec le retour des crues du Nil et donc de l'irrigation abondante de leur culture. Ils ont donc construit les pyramides de Gizeh sur le même plan que la constellation d'Orion, me précisa mon papi.

On était tous allongé, les yeux rivés vers ce ciel totalement dégagé, ébahit par la beauté de ce spectacle. Umberto nous dit :

-        On est vraiment minuscule au milieu de cette immensité.

-        Combien de temps il faut pour traverser l'univers ?

Mon papi me répondit :

-        Des milliards d'années mon petit. Le temps dans l'espace n'est pas le même que pour les humains sur Terre. D'ailleurs, toutes les étoiles que nous voyons, ne sont que le reflet du passé, car leurs lumières ont mis du temps à nous parvenir.

-        Combien de temps ?

-        300 mille kilomètres par seconde. Pour se rendre compte de cette immensité, fermez les yeux un instant et rouvrez-les. Vous êtes pris d'une sorte de vertige et vous vous rendez compte de notre taille dans un gigantesque univers dont on perce petit à petit les secrets pour mieux nous comprendre.

 

Plus tard, on a regardé des planètes au télescope ainsi que la lune. Puis on est rentré vers une heure du matin, la tête pleine d'étoiles pour aller dormir.

 

 

 

 

Un Monde Meilleur Chapitre 3

Par Partigiano :: 28/12/2009 à 11:47 :: Un Monde Meilleur

 

-        Papi comment c'était la révolution ?

-        La révolution a été violente. Je pense toujours qu’étant donné les conditions de l’époque ça ne pouvait pas se dérouler pacifiquement. Les prolétaires avaient accumulé beaucoup trop de rage et de haine envers la classe possédante. Je ne vais pas te décrire toutes les atrocités que j’ai vues et que j’ai pu faire. Je vais t'expliquer la situation dans laquelle nous étions. On était dans une période de crise permanente. Depuis que j’étais tout petit on me parlait de crise économique et de restriction budgétaire. Il faut que tu comprennes que l’argent contrôlait tout. Le fric comme on disait, faisait tourner la planète. C’était le nerf de la guerre. Les patrons et les dirigeants accumulaient de l’argent sur le travail des pauvres gens, nous. Pas de partage, ils possédaient tout et indirectement nos vies. C’était une époque sombre, individualiste. Les syndicats des travailleurs nous trahissaient. Même la nature et le climat n’étaient pas contents. Dans l'histoire du monde capitaliste, il y avait déjà eu beaucoup de révoltes et de révolutions prolétariennes avortées. Celle à laquelle j'ai participé a réussi à développer un monde nouveau, on peut dire que c'est une révolution victorieuse. J'aimerais que nos ainés voient ça. Ceux qui quand on était petit traitaient ma génération de fainéante et d'incapable. S'ils savaient comment on a lutté. On était donc en 2008 de l'ère capitaliste et je disais souvent qu'on vivait une sale époque. Les partis politiques qui devaient soi-disant défendre les ouvriers et ceux qui s'affichaient comme révolutionnaires participaient à la débâcle généralisée. Les dirigeants de ces organisations étaient bien dans leurs pantoufles parlementaires ou négociatrices en renvoyant aux calendes grecques la révolution. Seule l'action structurée de façon autonome pouvait nous aider à avancer et à répandre l'insurrection. Les conditions matérielles et sociales du prolétariat dans les pays avancés étaient plus que propices pour allumer la flamme mais il manquait le briquet ou la boite d'allumette. La majorité de la populace bien sûr ne voulait rien changer, emmitouflée dans son pseudo confort télévisé de citoyen consommateur. Pour beaucoup l'inégalité était une fatalité, un fait immuable repris en chœur par les religions. Les prix des choses vitales comme la nourriture ne cessaient d'augmenter mais les salaires stagnaient. Les crises et les krachs boursiers revenaient de manière cyclique du fait d'une surproduction continue. Les théories économiques initiées par Karl Marx, un économiste révolutionnaire du 19ème siècle, venaient une fois de plus se confirmer. Certains prolétaires ont commencé à s'organiser dans leurs villes ou sur leurs lieux de travail avec pour dénominateur commun l'abolition du capitalisme. Des réseaux de militants anonymes, auxquels je participais, se sont constitués et chaque jour le nombre de volontaires grandissaient. Nous avons commencé à participer activement aux manifestations et a diffuser notre propagande révolutionnaire dans tous les médias à notre disposition. On peut dire que la révolution a vraiment commencé durant l'automne 2010. Les manifestations s’amplifiaient et Paris a été littéralement assiégé par l’auto-organisation du peuple en arme pour reprendre une vieille expression. L'agitation subversive battait son plein. Le gouvernement de l’époque ne voulait rien lâcher. La violence a débuté envers la police et l’armée qui protégeaient les bourgeois. Après plusieurs semaines de grève à Paris, la province a suivi ainsi que les pays voisins en commençant par l’Italie et l’Espagne puis au bout de quelques mois l’Angleterre et l’Allemagne. Les échanges d’informations et de militants ont été rapides grâce aux moyens techniques les plus avancés. Une sorte d’armée de prolétaires s’est créée dans chaque région. La police était affaiblie par cet immense soulèvement. La révolution a donc débuté en Europe. On a été rassuré lorsque les Etats-Unis, la Russie et le Japon ont été embrasés par la vague révolutionnaire en 2011. Les Conseils Eurasiens pour la Révolution Prolétarienne Mondiale ont envoyé ensuite des brigades dans le reste du monde pour propager la libération de l'humanité de la barbarie capitaliste…

 

 

 

Un Monde Meilleur Chapitre 1 et 2

Par Partigiano :: 11/03/2009 à 0:47 :: Un Monde Meilleur

 

J'espère que nos enfants pourront vivre ce récit.

On me reproche souvent d'être utopique quand j'exprime ce qui pourrait être ma vision d'une société plus juste. Mais ce qui est vraiment utopique c'est de croire que le capitalisme et la société de classe sont éternels ou indépassables.

Il est clair qu'il faut pouvoir se projeter pour imaginer un monde meilleur. Il faut casser les barrières que la façon de pensée actuelle nous impose et se libérer d'un conditionnement intellectuel qui nous pousse à croire à des contre-vérités qui ne servent que les intérêts de la bourgeoisie.

Oubliez tout ce que vous tenez pour vrai car éduqué et asservi à un système spectaculaire marchand depuis la naissance.

 

Un monde meilleur

 

Chapitre 1

 

Je suis né en l'an 27 après la Révolution, le 21 juillet en plein été au milieu de la France. C'est l'époque des colonies de vacances, et cette année, je vais fêter pour la sixième fois mon anniversaire durant le camp organisé par le Conseil Scolaire de ma ville, Domérat. Je vais avoir onze ans dans trois mois et l'année prochaine je rentre au collège.

J'habite ici depuis tout petit au cœur du Bourbonnais comme les anciens l'appellent. On m'a dit que ce nom venait d'une vieille famille de rois et de reines du Moyen-Age. Ca paraît loin tout ça. De nos jours, il n'y a plus de rois ni de reines sur notre planète. La Révolution les a détrônés.

Les anciens sont fiers de leur Révolution, ils en parlent souvent et ils nous racontent avec effroi leur vie d'avant. Ils parlent de capitalisme et de classe sociale. Au cours d'histoire de l'école, l'institutrice nous parle de ça aussi mais je ne comprends pas tout alors j'ai demandé à mon grand-père :

-         Comment c'était avant papi ?

-         C'était rude mon p'tit gars, on avait pas beaucoup d'argent, on travaillait beaucoup et tout était payant...

Sur le coup j'étais choqué. Il l'a vu dans mes yeux et m'a réconforté. De nos jours, les adultes travaillent trente heures en moyenne par semaine jusqu'à l'âge de 50 ans. La santé, l'école et les transports sont gratuits.

Mon papi essaye de m'expliquer qu'il louait l'appartement où il habitait. Il payait cher tous les mois pour avoir un toit où dormir. Aujourd'hui chacun possède sa maison comme il le souhaite avec sa famille ou ses amis.

Il me dit que Paris et sa banlieue comptait plus de 9 millions d'habitants. C'est incroyable alors que désormais, il n'y en a plus que 3 millions. La Révolution a permis une décentralisation et une meilleure répartition de la population sur le territoire.

Il me dit qu'aujourd'hui encore des équipes spécialisées nettoient les restes de la pollution générée par les anciennes grandes villes. Il continue :

-         Avant, des gens qu'on appelait bourgeois faisait de la politique leur métier pour la vie. Il décidait pour tout le monde sans rendre de compte.

-         Pourquoi ?

-         C'était eux les dirigeants, les chefs suprêmes...

Je ne comprenais pas bien comment c'était possible. Dans notre société, il n'y a pas de dirigeants mais des conseils communaux qui organisent la vie de la cité. Ce sont des gens qui en dehors du travail ont choisi de servir l'intérêt commun comme la gestion de l'eau, de la terre ou des écoles. Les décisions sont prises en commun par consensus dans chaque quartier ou village. Personne ne défend d'intérêt personnel au détriment du bien commun.

-         Les mentalités ont évolués, me dit-il.

-         C'est bien ?

-         Évidemment




Chapitre 2

 

Ce soir c'est le 38ème anniversaire de la Révolution Prolétarienne Mondiale. C'est un des plus grands évènements planétaires avec les Jeux Olympiques. Tous les peuples vont faire la fête pendant 24 heures non-stop. C'est jour férié biensûr, et mes parents vont aider au Comité d'Organisation de notre ville pour le banquet du soir. Les papis vont encore être bourrés et raconter plein de blagues et d'histoires que eux seuls comprennent...

Grâce aux écrans géants dans la salle municipale, on peut voir les festivités d'autres villes du monde avec lesquelles nous sommes jumelés. C’est marrant cette atmosphère de fête qui embrase la planète, il y a des pétards et des feux d’artifices qui éclatent partout. Il y a biensûr des personnes d’astreintes comme les pompiers et les infirmiers. On ne sait jamais…

J’entends mon papi à la table d’à côté :

- Eh Polo on boit de bon coup mais ils sont rares !

- Viens me tâter les boules vieux loup !

Il est en train de jouer à la belote avec ses potes tout en prenant l’apéro. Ils ont un langage bien à eux qu’ils ont dû garder de l’ère capitaliste. Mon grand-père dit qu’il parle l’argot mais aussi un peu le manouche. Tout un programme.

Avant le repas, un mandaté du conseil communal va prendre la parole. Tout le monde a le droit de s’exprimer s’il le souhaite, c’est tribune libre comme ils disent.

- Chers amis, nous sommes réunis une nouvelle fois pour commémorer le 38ème anniversaire de la Révolution Prolétarienne Mondiale. Cet évènement considérable a changé la face du monde et donné, je l’espère, une meilleure vie à tous nos enfants. Chaque jour le conseil communal que vous avez mandaté s’efforce de gérer au mieux les services publics de votre ville. Je souhaite que nous passions une agréable soirée de fête. Bon appétit à toutes et tous !

Mon papi prend le micro :

- Chers amis, j’aimerais qu’on se souvienne des camarades morts dans la Révolution. Aujourd’hui je suis un vieux combattant et j’ai perdu des êtres chers dans cette bataille de l’émancipation sur l’exploitation. J’aimerais que nos enfants soient fiers de nous et qu’ils comprennent le sens des luttes qu’on a portées. Un révolutionnaire du 20ème siécle disait que la révolution est permanente et nous devons la perdurer chaque jour qui passe. Merci et bon appétit !

- T’as raison mon gars, vive la Révolution, vive l’Internationale !



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