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Partigiano Le blog en lien avec les militants révolutionnaires. Des textes, des photos et des articles de Remito sur notre monde, sur la musique, sur la politique, sur l'art, sur les livres...

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Un Monde Meilleur Chapitre 4 et 5

Par Partigiano :: 04/01/2010 à 11:58 :: Un Monde Meilleur

Chapitre 4

 

Aujourd’hui c’est le grand jour. Je pars en colonie de vacances pour quatre semaines au Cap d’Agde. La ville de Domérat a un centre de vacances là-bas au bord de la mer. Il y a aussi les enfants des communes d’Huriel et de Prémilhat qui viennent nous rejoindre.

Le départ est prévu à huit heures en ce beau matin du mois de juillet. Mon papi, mes parents et ma grande sœur m’ont accompagnés jusqu’au centre municipal où le car et les moniteurs nous attendent.

L’appel est fait mais il y a toujours quelques retardataires. A huit heures quinze le car démarre. Je dis au revoir à ma famille à travers la vitre. Le chauffeur a l’air très motivé, il commence déjà à chanter avec la musique à fond. De la vieille musique biensûr. Les moniteurs le coupent dans son élan et prennent le micro pour nous souhaiter la bienvenue et nous expliquer le déroulement du voyage.

Moi j’ai déjà retrouvé mes copains à l’arrière du car. Il y a Yoann, Sébastien, Anthony, Pascal, Matthieu, Damien, Thibault et Julien. Une sacré bande de pote. Toujours prêts à faire les 400 coups.

 

A midi on s’est arrêté sur l’aire de repos de l’Aveyron pour pique-niquer. Toute la nourriture est prise en charge par le camp de vacances. Le reste du trajet a été rapide. A la sortie du tunnel du Pas de l’Escalette, la végétation méditerranéenne ainsi qu’un grand soleil ont fait leur apparition.

A quinze heures trente, on est arrivé sur le campement. On a mis nos bagages dans la salle commune et on est partis monter nos tentes en fonction des groupes créés par les moniteurs. J’étais avec Yoann et Julien, deux dégourdis. La tente a été montée en cinq minutes. Des tentes canadiennes avec piquets et lourdes toiles. Du coup j’ai commencé à désherber notre coin et accrocher notre fil à linge.

Durant ces camps de vacances organisées par le conseil scolaire, on nous apprend à devenir autonome mais aussi à apprendre la vie en collectivité. Les plus grands, les 15-18 ans, partent quelques jours en expéditions par groupe sans moniteur. J’ai hâte de faire ça moi aussi.

On est cinq ou six par groupe. On a décidé d’appeler le notre les Renards. Il y a deux filles avec nous, Jennifer et Anne et on les a aidées à monter leur tente.

Après ça, on a tous été à la douche avant de manger ensemble dans le grand réfectoire. Balou, un des animateurs, nous a souhaité la bienvenue et nous a expliqué les règles et le fonctionnement du camp :

-         …je tiens à vous préciser qu’on se lève tous les matins à huit heures…

Mes potes Matthieu et Sébastien tire une drôle de tête.

-         Ne me regardez pas comme ça les enfants, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt !

 

La première semaine s'est bien passée. Ma famille ne me manque pas trop à part les histoires de mon papi. Je vais avoir plein de choses à lui raconter au retour. Notamment sur la déconstruction du littoral méditerranéen. Un après-midi nous sommes allés faire un jeu de piste dans la nature qui entoure le Cap d'Agde, et il y avait des ruines d'immeubles et des engins de démolitions. Une pancarte à l'entrée du chantier indiquait qu' « ici le conseil languedocien pour la sauvegarde de l'environnement détruit la folle urbanisation de l'ère capitaliste ». Je me suis demandé à quoi servaient tous ces bâtiments. En tout cas pendant le jeu de piste on a découvert plein d'animaux et de plantes et j'ai bien rigolé avec une fille d'un autre groupe qui s'appelle Mélissa.

 

Durant la deuxième semaine, Yoann et Sébastien ont réussi à se prendre la tête mais Anthony et Matthieu étaient là pour les calmer. On ne sait même plus quelle était l’origine de la querelle. Pascal, Damien et Thibault se sont fait choper par les moniteurs en train de jeter des pétards dans les champs voisins, ce qui leur a valu de nettoyer la salle commune après le repas du soir. En somme, rien d’anormal. De mon côté j’ai commencé à flirté avec Mélissa pendant les temps libres. Julien et Anne passaient beaucoup de temps ensemble aussi…

 

Le soir du 23 juillet, on a fêté mon anniversaire et celui de Pascal avec les copains dans la salle commune. On a mangé un gros gâteau et j’ai reçu des cartes postales de ma famille. On a bien rigolé et fait la fête. Plus tard dans la soirée, on est sortis à l’écart du brouhaha avec Mélissa. C’était une chaude nuit d’été comme je les aime et le ciel était magnifique. On a marché jusqu’au bord de la mer et on s’est assis sur la plage. Le bruit des vagues en musique de fond, on parlait de tout :

-         Tu crois en Dieu ?

-         Non. Personne n’est croyant dans ma famille. Mon papi dit que si Dieu existait, il faudrait le tuer.

-         Pourquoi il dit ça ?

-         Je ne sais pas. Je pense qu’on n’a pas besoin d’un Dieu pour vivre.

-         Mais qui a créé le monde alors ?

-         Personne.

-         Dans ma famille les gens sont croyants, ils pensent que c’est grâce à Dieu que la révolution a eu lieu et qu’aujourd’hui on vit mieux.

-         C’est surtout grâce à ceux qui se sont battus. Mon papi m’a raconté l’histoire de la révolution et je suis fier de ce qu’ils ont fait pour nous.

-         Moi aussi et je suis bien contente de ne pas avoir vécu dans l’ancienne époque. Ma grand-mère m’a dit qu’elle devait payer ses médicaments et qu’il y avait la guerre dans plein de pays !

-         C’est fou, on m’a raconté les mêmes choses. Je me demande comment il pouvait supporter ça ?

-         Qu'est-ce que tu veux faire comme métier plus tard ?

-         Je ne sais pas encore. J'aime bien la musique et le dessin.

-         Moi, je veux être infirmière.

 

En rentrant sur le chemin, on s’est embrassé. C’était sûrement la plus belle soirée que j’ai passée pendant mes colonies de vacances. Fin juillet, on est rentré à Domérat et on a continué de se voir régulièrement.

 

 

 

 

Chapitre 5

 

Un jour ce sera la fin du monde

Et je rigolerai devant le chaos

Je n’ai plus peur

La mort est un mot de plus

Dans un langage mortifère

Viens danser avec moi

Augmente le tempo

Les gens sont fous

Ils acceptent tout

Sans réfléchir

Obéir

OUI

 

Mon papi se réveille en sursaut et hurle :

-         Ahhhhhhhhh, je vais vous butez !

-         Non c’est moi papi…

-         Ah !

Il reprend ses esprits, met ses lunettes et me regarde bizarrement :

-         Ça va mon gamin ?

-         Oui j’étais venu te réveiller. T’as fait un cauchemar papi ?

-         Ça m’arrive régulièrement. Quelle heure il est ?

-         Neuf heures. Ce matin on doit aller au marché tu m’as dit hier qu’on irait chercher de la brioche et des fruits.

-         Ok laisse-moi prendre mon petit déjeuner avant.

 

Mon papi boit son lait de soja avec ses gâteaux en écoutant la radio dans la cuisine. Le dimanche matin, il y a des émissions d'histoire et d'actualités sur radio liberté. Moi je préfère regarder les dessins animés à la télévision dans le salon en attendant que mon papi soit prêt.

Une heure plus tard, nous voilà sur le marché du centre ville de Domérat. J'aime bien cette ambiance et tous ces produits de la terre sur les étalages. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les tailles. On est en plein mois d'août et il y a quantité de variétés de fruits et légumes. Les producteurs font goûter leur récolte aux gens qui viennent faire leur course. Les mamies racontent les derniers ragots du village. De nos jours, les terres agricoles appartiennent à la commune et à ceux qui  y travaillent. La production de denrée alimentaire est faite en fonction des besoins et de la région dans laquelle on se trouve. Cela permet des échanges entre communes après décision du conseil communal agricole pour l'alimentation.

Mon papi prend des abricots et des pêches, mes fruits préférés, à Umberto, un agriculteur qu'il connaît :

-        Ça va ma vieille couille ?

-        Bien et toi vieille bite en bois ?

-        Tu me mets un kilo de chaque s'il te plaît. Comment va la famille ?

-        Ça va tranquille, c'est les vacances, ils sont venus me voir à la ferme. Tout le monde te passe le bonjour. Vous venez boire un coup à la maison ce soir, c'est la nuit des étoiles, le ciel sera magnifique.

-        Si tu veux ma vieille denrée. Tu mets une boite d'œufs en plus.

-        Ok ça sera tout ?

-        Ça ira pour cette fois. A ce soir ma couille.

 

S'en suit un détour vers la boulangerie pour prendre une belle brioche, et un petit tour au bar de la place Bacchus pour se désaltérer d'une boisson fraîche en cette chaude journée estivale. Sur le chemin du retour mon papi a l'air soucieux.

-        Pourquoi tu fais des cauchemars papi ?

-        T'es content d'aller voir les étoiles ce soir ?

-        Oui mais pourquoi tu ne réponds pas à ma question ?

-        Parce que t'es trop jeune pour que je te raconte ces histoires. Ces cauchemars troublent mon sommeil et mes pensées. Ne le dis pas à tes parents, ils vont encore m'envoyer chez ce taré de psychiatre. Si ta grand-mère était encore vivante, je dormirais peut-être mieux...

Je n'ai pas connu ma grand-mère. Mes parents m'ont dit qu'elle est morte durant la révolution. Mon papi a une grande photo de mariage dans sa chambre sur laquelle ils sont très beaux tous les deux. Souvent je me demande pourquoi elle morte si jeune mais je n'ose pas trop déranger mon papi sur cette question qui a l'air douloureuse.

 

***

 

Le soir même, mon papa a fait des superbes grillades au barbecue qu'on a partagé avec les voisins. Le tout arrosé d'un gros cubi de vin rouge et d'un sorbet aux fruits en dessert. Après ce bon repas et des discussions qui ne voulaient pas se terminer, on est partis, mon papi et moi, voir les étoiles.

Umberto habite dans un hameau au nord de Domérat qui s'appelle Ricros. On a dû prendre notre voiture électrique pour s'y rendre. En arrivant devant sa maison, on aperçoit rapidement une pancarte qui stipule « Coopérative Fruitière Domératoise – Domaine de Ricros ». Umberto travaille dans cette coopérative depuis longtemps et tous les terrains autour de sa maison sont plantés de divers arbres fruitiers. C'est aussi le premier habitant de la région à avoir équipé sa maison de panneaux solaires. Umberto est un écologiste de la première heure et un ancien combattant de la révolution. Il s'est battu au niveau international pour l'arrêt de l'utilisation des engrais chimiques et des pesticides. Cette année, en France, nous avons passé le seuil des 90 % d'exploitations agricoles sans produits toxiques.

 

Umberto et sa famille sont sur la terrasse derrière la maison en train de débarrasser les restes du repas. En approchant, on peut sentir une odeur de citronnelle, bien utile pour éloigner les moustiques en cette période de l'année. Mon papi s'exclame:

-        Bonsoir à tous !

-        Salut vieux loup, répond le fils aîné d'Umberto. Comment vas-tu ?

-        Ça roule tranquillement mon gars. T'as préparé le télescope ?

-        Oui t'inquiète, je l'ai nettoyé avant de manger. En attendant que la nuit soit complètement tombée, on va boire un coup.

-        Vous avez encore du bon Porto comme la dernière fois ?

-        Oui, il nous en reste, je vais aller le chercher.

Une demi-heure plus tard, la nuit était là et allongé sur les transats, on contemplait les milliards d'étoiles qui dessinaient le ciel. Umberto et mon papi me montrait les différentes constellations :

-        Regarde, par là, c'est la grande ourse et en face la petite ourse.

-        Là bas, les trois étoiles presque alignées c'est la ceinture d'Orion. Les Égyptiens de l'antiquité vénéraient cette constellation.

-        Pourquoi, je demandais.

-        Quand elle apparaissait dans leur ciel, ça coïncidait avec le retour des crues du Nil et donc de l'irrigation abondante de leur culture. Ils ont donc construit les pyramides de Gizeh sur le même plan que la constellation d'Orion, me précisa mon papi.

On était tous allongé, les yeux rivés vers ce ciel totalement dégagé, ébahit par la beauté de ce spectacle. Umberto nous dit :

-        On est vraiment minuscule au milieu de cette immensité.

-        Combien de temps il faut pour traverser l'univers ?

Mon papi me répondit :

-        Des milliards d'années mon petit. Le temps dans l'espace n'est pas le même que pour les humains sur Terre. D'ailleurs, toutes les étoiles que nous voyons, ne sont que le reflet du passé, car leurs lumières ont mis du temps à nous parvenir.

-        Combien de temps ?

-        300 mille kilomètres par seconde. Pour se rendre compte de cette immensité, fermez les yeux un instant et rouvrez-les. Vous êtes pris d'une sorte de vertige et vous vous rendez compte de notre taille dans un gigantesque univers dont on perce petit à petit les secrets pour mieux nous comprendre.

 

Plus tard, on a regardé des planètes au télescope ainsi que la lune. Puis on est rentré vers une heure du matin, la tête pleine d'étoiles pour aller dormir.

 

 

 

 

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