Les derniers bouquins que j’ai lu (4)

Un peu de Jack London, ça fait toujours du bien. Grève Générale compile deux nouvelles : « Le rêve de Debs » et « Au sud de la Fente ». Style incisif et appel à l’insurrection. Ça donne un peu de baume au cœur de lire des bouquins comme ça.

Le Mexicain, de Jack encore, raconte l’histoire d’un homme mystérieux mais déterminé. Déterminé à mener à bien la révolution mexicaine grâce à son abnégation. Le genre d’individu qu’on ne croise plus de nos jours.

La peste écarlate est un roman d’anticipation. Après une étrange pandémie, les survivants doivent apprendre à reconstruire la société. Toujours passionnant.

Une BD sombre et triste, bien faite et bien écrite. L’histoire de la Turquie des années 60 dans une région frontalière de l’Arménie.

Site de l’éditeur

Arbre

Le futur est un arbre géant.
Quelle branche vas-tu choisir ?
Vas-tu rester au pied de l’arbre bloqué par la peur ?
Ou vas-tu grimper jusqu’à la canopée pour admirer le paysage ?
Pour apprécier ce que signifie la liberté.
Quelle existence choisis-tu ?
Résignation ou révolution.
A quel point l’égoïsme empoisonne ta raison ?
L’individu n’est rien sans le groupe et vice-versa.
Notre survie dépend de l’autre et non du supermarché.

Les derniers bouquins que j’ai lu (3)

fatale

Fatale de Jean-Patrick Manchette

Comme le dit la quatrième de couverture, « c’est l’histoire d’un contrat inhabituel, dans une ville pourrie par le fric ». Ambiance sombre et maritime, une tueuse qui va saigner du bourgeois.
Page Wikipedia

Article intéressant sur Cairn.info

Critique sur Le tigre lit

Le roman adapté en BD


john-reedLe journaliste et militant communiste américain John Reed raconte la révolution bolchévique de l’intérieur. Passionnant.

Extrait sur marxists.org

Bien adapté au cinéma par Warren Beatty dans son film Reds sorti en 1981
reds


cogner-le-granit

Beau livre signé Le Chat Perplexe. L’histoire méconnu d’immigrés italiens, fuyant le fascisme et la misère, venus en Creuse tailler le granit pour la construction des pavés et trottoir de l’entre-deux guerres. Des photos et des témoignages d’époque ainsi que des descendants de ces ouvriers courageux.

Site de l’éditeur

Thé, lectures et macarons

Laurent Zunino

Recueil de poésies trouvé au hasard dans un restaurant d’Etretat…EParce qu’il y a…

Parce qu’il y a des printemps qui toujours me surprennent
aux mille coins des rues parmi les horizons barrés et des
âmes en perdition…
Parce qu’il y a cette éphémère beauté d’enivrement dans
l’unique seconde d’un nuage illuminé de pluie, de joie et de
message, et ces soleils cachés qui te surprennent chaque fois
à l’improviste, au milieu du néant, de la foule, des bars à
culs, des magasins de frimes, de la culture même, distribuée,
contrôlée, étiquetée…
Parce qu’il y a cette valise jamais complètement vidée et qui
n’en finit plus de se souvenir…
Tous ces moments perdus à jamais, dans le cyle fatigant,
inlassable, l’équilibre quoi ! Ce balancier de la montre !
Cette cithare qui nous câline et qui te happe un peu comme
la musique, fille maquillée de rêves, d’inacessible envie,
d’un désir trop puissant et qui se meurt, flot bouillonnant de
notre malheur, de notre joie démesurément inquiète, de nos
cimetières d’espoir, tombe d enos illusions…
Parce qu’il y a toi et tes cheveux, et ton regard, et ton
sourire, et ta main sur la mienne, et ton rire comme un écho
de mon enfance, enterrée, gâchée, oubliée même sauf peut-être
sur ce dessin pastel griffonné tout à l’heure, lorsque je
n’étais plus…
Parce qu’il y a tout cela et tout le reste distribué au hasard
d’une rencontre, ou d’un regard !
Je chante mon tourment inondé par la vie,
éperdu de couleurs, je peins mon chagrin d’aimer,
et toujours un peu plus, chaque jour je me noie.


La classe…

C’est les cloches qui sonnent sur Florenc qui danse,
c’est un vin qui devine une autre vie divine,
c’est d’l’argent dans son jean sans trop savoir combien,
l’étranger qui n’est pas un touriste à photos…
C’est ta façon d’fumer, une prière, un geste…
C’est le noir d eta soir comme une cathédrale,
transparence sans lois, c’est l’parfum de la femme…
C’est Michel-Ange inachevé, une pensée, un cri,
et c’est l’imaginaire comme un déclic vert…
C’est chanter sous la pluie même parmi les passants,
c’est un verre de cristal et tes lèvres mouillées,
c’est l’contraire du paraître et de la suffisance,
c’est la culture, la vraie, pas celle qu’on étale,
c’est le souffle et le vent dans l’ombre d’un Rembrandt.

La classe c’est l’anarchie, ordre de liberté,
comme un orgue à Paris écouté au hasard
entrebâillant les portes d’un cloître oublié,
c’est ce vieux manuscrit, griffon du temps blessé
et c’est l’homme solitaire qui rit devant sa glace…


Le vieux bateau

Des mille traversées sur des mers magiques
ne reste que la rouille et un peu de minium,
des mines de marées sur de claires musiques
ne reste que la houle d’un souvenir opium.

Compagnon des dauphins, il était pharaon
au large des médiocres, divaguant de ses rimes,
chevron des chers embruns, il était étalon
aux marges des midis ocres, glissant sur les abîmes.

Mais la jeunesse s’use et le navire sombre
dans un port, oublié, un vieux bateau s’endort
caisse parmi les méduses et vampire sans tombe.

D’avoir tant navigué sa coque est malheureuse
car bien pis que la mort, il s’ennuie amarré
pauvre loque attelé à ses cordes huileuses…

Site internet

Poésies d’Espagne

E

Carlos Alvarez

Des paroles qui ont souffert

… et parfois, quand j’attrape une parole,
d’autres les suivent derrière jusqu’à mes doigts
alors que je les regarde, elles ont du sang ;
des cicatrices parfois : elles ont  peur.
Ce sont des paroles qui tremblent, murmurent
à voix basse, comme à l’office
chuchotent en disant leur rosaire
les vieilles endeuillées. Mais ensuite,
quand elles voient que je suis seul, qu’il n’y a rien à craindre,
elles se  placent, tout comme dans un vers
avec méthode et ordre, mais toujours
avec quelque peu de mystère.
Ce sont des paroles qui ont beaucoup souffert ;
qui sont allées en prison, ou qui sur la poitrine
ont senti le fusil comme un présage
chargé de silence.
Ce sont des paroles humbles, soumises,
qui disent : « oui, monsieur » à tout bout de champ ;
accoutumées au travail dur
et au fouet sur le dos, comme le peuple.
Mais parfois aussi elles s’approchent de moi
en frappant le sol, dures comme l’acier ;
paroles bien trempées par la lutte,
qui te regardent en face, sans détour,
et alors je ne soutiens pas leur regard
car elles lancent du feu.
Avec toutes les paroles qui s’approchent
je pétris ce pain de lutte et de peur ;
ce pain imprégné d’espérance
mais parfois aussi de découragement,
que je confie à l’amour de vos mains
avides de lui arracher son secret.


 

J.A. Goytisolo

Une histoire d’amour

Ils s’aimaient. C’était le temps
des premières pluies d’été
et ils s’aimaient. Les jours
furent comme un long tissu blanc
entourant leurs corps enlacés.

Une année, peut-être, passa,
puis trois ou sept, et toujours
ils s’aimaient fougueusement,
se cherchaient dans l’ombre des parcs
et dans les lits furtifs.

Ils ne parlaient presque jamais. Elle disait
qu’on l’attendait, qu’elle avait peur,
et lui, il travaillait au bureau
et regardait sa montre, en attendant l’heure
de retourner auprès d’elle à nouveau.

Ils étaient différents et ils s’aimaient. Lui
était marié avec une blonde idiote,
et elle avait quatre enfants,
un mari méthodique et joyeux
qui jamais ne l’avait comprise.

Ils s’aimaient en silence
comme s’ils remplissaient un grave devoir.
Leurs vies étaient différentes, mais
quelque chose de très fort les unissait, quelque chose
qui dans leurs étreintes se réalisait.

Arme à double tranchant

Le poème
est une arme
à double tranchant.
L’un, doux,
et l’autre
comme un cri coupant,
comme un lancinement
incisif.

Ah, poète très tendre !

N’oublie pas
cette partie
du poème.
Le châtiment
c’est de mourir de dos,
égorgé
par l’autre
tranchant.


 

Jaime Gil de Biedma

Je ne redeviendrai pas jeune

Que la vie c’était sérieux
on commence à le comprendre plus tard
– comme tous les jeunes je suis venu afin
d’entraîner la vie.

Je voulais laisser ma trace
et sortir au milieu des applaudissements
– vieillir, mourir, c’était là seulement
les dimensions du théâtre.

Mais le temps a passé
et la vérité désagréable se fait jour :
vieillir, mourir,
voilà l’unique sujet de la pièce.

Orhan Veli

Orhan Veli Kanik, né le 13 avril 1914 à Istanbul et mort le 14 novembre 1950 à Istanbul, est un poète turc, qui fut l’introducteur, avec Nazım Hikmet, du vers libre dans la poésie turque.

Editions Bleu Autour

Un article sur le site Kedistan

Orhan Veli

Passer le temps

Toutes ces belles femmes pensent
Que chacun de mes poèmes d’amour
Leur est destiné.
Malheureusement
Je sais bien que je les écris
Pour passer le temps.

Robinson

De tous mes amis d’enfance
Mon arrière-grand-mère est la plus chérie
Depuis le jour où nous avons inventé mille façons
De sauver le pauvre Robinson de son île déserte
Et pleuré tous deux
En voyant souffrir Gulliver
Perdu
Aux pays des géants

Quantitatif

J’aime les belles femmes
J’aime aussi les ouvrières
J’aime encore plus
Les belles ouvrières

Mes paroles

Je suis né en 1914,
J’ai parlé en 15,
Je parle encore.
Que sont devenues mes paroles ?
Parties au ciel ?
Peut-être reviendront-elles toutes
En 1939,
Transformées en avion ?

Si Allah existe
Je ne lui demande rien d’autre.
Cependant je ne souhaite
Ni qu’il existe
Ni l’avoir comme dernier recours.

En mal de mer

Des bateaux traversent mes rêves
Par-dessus les toits, bateaux pavoisés ;
Moi le malheureux,
Moi en mal de mer depuis des années,
Je regarde, regarde et pleure.

Je me souviens de mon premier regard sur le monde
A travers la coquille d’une moule :
Le vert de l’eau, le bleu du ciel,
Le plus moucheté des éperlans…
De la blessure ouverte sur une huître
S’écoule mon sang encore salé
.
Nous étions partis comme des fous,
Au large, vers l’écume toute blanche !
L’écume n’a pas le cœur méchant,
L’écume ressemble aux lèvres ;
Faire l’amour avec l’écume
N’est pas un péché pour l’homme.

Des bateaux traversent mes rêves
Par-dessus les toits, bateaux pavoisés ;
Moi le malheureux,
Moi en mal de mer depuis des années.

Cap sur la liberté

Avant la levée du jour
Quand la mer est encore blanche tu partiras.
Au creux des paumes la volupté d’étreindre les rames,
En toi le bonheur de réaliser quelque chose,
Tu iras.
Dans les remous des filets de pêche tu iras.
Surgissant sur ta route des poissons t’accueilleront,
La joie te prendra.
Tirant les filets,
La mer viendra dans tes mains écaille par écaille ;
A l’heure où se taisent les âmes des mouettes
Dans leurs rochers cimetières,
De tous les horizons brusquement
Un tumulte explosera.
Tout ce que tu voudras :
Sirènes, oiseaux, festivités, fêtes, fiestas ?
Cortèges, grains de riz, voiles de mariée, grand pavois ?
Ohéééé !
Mais qu’est-ce que tu attends ? Jette-toi à la mer.
Tu vas manquer à quelqu’un ? Peu importe.
Ne vois-tu pas la liberté de tous côtés ?
Sois voile, sois rame, sois gouvernail, sois poisson, sois eau,
Va jusqu’où tu pourras.

Gratis

Gratis, nous vivons gratis.
Air gratuit, nuage gratuit ;
Ruisseau, mont gratuits ;
Pluie, boue gratuites ;
Silhouettes des voitures,
Portes des cinémas,
Vitrines gratuites ;
Ni pain ni fromage mais
Eau amère gratuite ;
Liberté au prix de la vie,
Esclavage gratuit.
Gratis, nous vivons gratis.

Poème trou

Troué le gousset, troué le gilet,
Trouée la manche, trouée la chemise,
Troué le pan, troué le cafetan.

Tu es une vraie passoire, mon grand !